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Jun 30, 2016 / 0 Comments
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Ce billet a d’abord été publié sur Future Development.

Note : Texte du discours prononcé lors de la conférence intitulée Changement de paradigme dans l’enseignement tertiaire et organisée à Alger du 30 mai au 2 juin derniers.

 

La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) est le berceau de l’enseignement supérieur, puisque l’on y trouve trois des plus anciennes universités du monde encore en activité: je pense à l’Iran, au Maroc et à l’Égypte. Aujourd’hui, la médiocrité de son enseignement supérieur condamne la région à occuper les dernières places des classements internationaux.

 

Continuer à lire cet article sur le blog de la banque mondiale 

 

Jun 22, 2016 / 0 Comments
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De plus en plus de spécialistes estiment que le printemps arabe mais aussi de graves troubles politiques de la région (comme la guerre en Syrie) trouvent une partie  de  leurs origines dans la dégradation des conditions de vie dans  les campagnes  et d’abandon de leurs paysanneries. Ce constat est fait  depuis plusieurs  années par le CIHEAM qui tente d’alerter les décideurs (voir le rapport Méditerra 2009 consacré au monde rural et le n° spécial de la revue Machrek-Maghreb de l’été 2013).

 

Quatre grands défis menacent en effet  le monde rural au Sud et à l’Est de la Méditerranée : 1) la sécurité alimentaire, 2)  celui de l’emploi des jeunes et de la pauvreté rurale 3) de la  préservation des ressources naturelles confrontées au changement climatique  4) et d’un modèle de développement et de  croissance agricole plus inclusif.

 

Les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (PSEM) sont dans une dépendance alimentaire très forte vis-à-vis des marchés mondiaux. Leur sécurité alimentaire est tributaire de ressources financières extérieures instables. Les chiffres examinés parlent d’eux même dans cette région très consommatrice de céréales. La croissance démographique s’accompagne d’un processus d’urbanisation alimenté par un exode rural massif, et le tissu économique dans les pays est trop peu dense pour employer des actifs nombreux et jeunes arrivant sur le marché du travail. Partout dans les PSEM, les dynamiques démographiques conjuguées à des politiques agricoles de modernisation agricoles ou à des stratégies de survie de populations rurales pauvres contribuent à une dégradation de ressources naturelles rares. Cette dégradation du capital naturel a un coût économique qui hypothèque le développement agricole et rural. Ainsi, la durabilité des ressources naturelles, leur préservation ou leur mode d’exploitation rationnelle reste une question majeure.

 

Les taux de pauvreté restent généralement très élevés dans les zones rurales où le secteur agricole est dominant. De nombreuses études (l’organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, FAO, 2016) montrent que les ouvriers agricoles et les exploitants agricoles demeurent parmi les populations les plus pauvres et qu’il y a une relation entre la pauvreté, le taux de chômage et le niveau de rémunération du travail et des emplois. Tous les modèles de projection portant sur le climat s’accordent à prévoir dans la région une augmentation de des températures moyennes, une baisse des précipitations moyennes annuelle entrainant  un risque accru de désertification et de  dégradation des sols.

 

En réponse, de nombreux facteurs fondent  la construction d’une offre de produits méditerranéens pariant sur la typicité et la qualité. La promotion de cette qualité ouvre ainsi un espace pour penser différemment le développement agricole, qui permettra  aux producteurs de définir des modèles alternatifs de production selon d’autres critères de production. La stratégie de différenciation et de promotion de la qualité permettra aux acteurs économiques d’échapper à des formes concurrence directement influencées par les coûts ou par les écarts de productivité.

 

Je pense qu’il est grand temps d’agir et je pense aussi que  des facteurs externes comme la chute de prix du pétrole ou les migrations pourront être autant de facteurs  déclencheurs d’une relance agricole.

 

Les élites originaires des PSEM doivent reconsidérer rapidement un soutien fort au secteur agricole  et la  coopération avec l’Europe sur ces questions du développement rural doit être relancée. Une forte capacité de création d’emploi est à la clé ainsi que et des devises préservées. 

 

Jun 22, 2016 / 0 Comments
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Collective water tank, informal refugee camp, Bekaa, Lebanon

A l’heure où l’Europe cherche  à restreindre  l’accès   de   son  territoire aux  réfugiés,  un  soutien  renforcé aux  pays  limitrophes de  la  Syrie  paraît indispensable.   Ce  soutien  doit  répondre aux besoins vitaux des personnes fuyant le conflit tout en favorisant la cohésion  entre population hôte et population réfugiée.

 

Avec 1,8   million[1] de  réfugiés  provenant de  Syrie, le Liban est aujourd’hui le pays comptant la plus grande  part  de  réfugiés au sein de  sa population (30%). L'afflux massif des réfugiés entraîne une  pression  sans  précédent sur les services publics tels que  la  santé et l’éducation, l’électricité, l’accès à l’eau et le traitement des  déchets. Bien que le pays ait maintenu ses frontières ouvertes,  la durée  du conflit met à mal la résilience de la société libanaise  et la capacité  de l’Etat à apporter une réponse adaptée.

 

Un contexte institutionnel peu favorable rendant l’identification des besoins complexe

 

Répondre  à la  situation est  d'autant  plus complexe que l'habitat des réfugiés est extrêmement disparate.  Il se répartit en trois grandes  catégories : les camps  informels, les abris collectifs et individuels, les appartements.

 

On estime à 20 % le nombre de réfugiés vivant dans des camps informels, principalement répartis dans les gouvernorats de la Bekaa  et du Nord  Liban, sur des  terres agricoles  privées.  Avant la crise, de  nombreux travailleurs agricoles syriens résidaient déjà  au Liban, logés dans des abris et des tentes  sur les parcelles  agricoles. Avec le début du conflit, ils ont été rejoints par leur famille et des  membres de  leur communauté villageoise.

 

L’ONG Solidarités International développe des  projets  visant à assurer  un  accès   à l’eau potable,  à l’assainissement et à l’hygiène  pour ces  populations.  Elle construit et réhabilite des  latrines, des  douches  et des    systèmes   d’approvisionnement en eau.  L’absence de  reconnaissance de  ces camps  par  l’Etat libanais  contraint l’ONG à mettre en  place  des  installations provisoires.  Bien souvent, la  distribution d’eau est assurée à partir de réservoirs alimentés par  des  camions  citernes.  Outre  le  coût d’un  tel  approvisionnement,   la  question du contrôle de la qualité de l’eau se pose.

 

Ces contraintes impactent aussi la construction et le fonctionnement des latrines. Temporaires, ces dernières ne peuvent être reliées à des  fosses septiques,  et doivent être vidangées  une fois par  semaine.

 

Du fait du caractère  informel des  camps, les ONG interagissent peu avec  les institutions libanaises.  Ainsi, l'installation d'infrastructures dépend  généralement de l’accord du propriétaire du terrain qui peut être obtenu moyennant l’installation d’un forage qui pourra, après le départ des réfugiés, servir à des fins agricoles. 

 

Les abris individuels et collectifs (logements inachevés,  anciens magasins, garages,  caves,    containers, anciennes usines, etc.) constituent le  second   ensemble  dans   lequel  vivent les réfugiés. Ces  habitats  disparates  présentent un nouveau défi pour les ONG qui consacrent une partie de leurs efforts à les identifier. L’ONG  Care a mis en place des   programmes   d’amélioration   de   la qualité de l’habitat comportant un volet sur l’eau et l’assainissement. En accord  avec les  propriétaires,  les  logements  identifiés sont reliés à des points d’eau potable,  des douches  et des  latrines sont construites ou réhabilitées. 

 

Avec l’inscription de la crise syrienne dans la durée la situation des réfugiés de détériore. De nombreuses études  attestent d’une paupérisation croissante des réfugiés. Alors qu’ils sont 80  % à payer un loyer, seul un faible nombre de réfugiés parvient à trouver un emploi. Dès lors, les économies  sur  lesquelles  ils étaient  parvenus à vivre, jusqu’à présent,  diminuent.

 

Une transition d’une aide d’urgence vers une aide au développement

 

Cinq ans après  le début du conflit syrien, aucune  sortie de  crise  à court  terme ne semble se dégager. Les ONG passent donc progressivement d’une  aide  d’urgence  à une  aide au  développement portant sur le renforcement des  capacités des acteurs et sur l'accroissement et la réhabilitation des infrastructures en eau.

 

Dans cette optique, l’ONG italienne GVC a initié un programme de renforcement des capacités de l’Etablissement Régional des Eaux (ERE) de la Bekaa. Créés en 2000, les ERE sont en charge de la gestion de  l’eau, de  l’assainissement et de l’irrigation. Ces établissements souffrent d’un important déficit de légitimité se traduisant par de nombreux branchements illégaux ainsi que par un faible taux de recouvrement des factures (30% pour l’ERE de la Bekaa). Parallèlement à des travaux d’extension et de rénovation des infrastructures, des campagnes de sensibilisation ont été menées par l’ONG auprès des usagers afin de briser ce cercle vicieux.

 

La transition  d’une aide d’urgence vers une aide  au  développement  conduit les ONG à tisser de nouveaux partenariats  avec  les institutions libanaises.  Nous  l’avons vu, la réponse  aux  besoins  des  réfugiés  passe par une amélioration des infrastructures nationales.  A cet  égard,   bien  que  soulevant des défis importants, la crise syrienne peut également être perçue comme une opportunité pour améliorer un secteur qui connaissait  avant  la crise de  grandes  difficultés.

 

[1] Source : UNHCR, décembre 2015

Jun 09, 2016 / 0 Comments
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The Lebanese Center for Policy Studies, conducted an interview  with Dr. Dawn Chatty, an Emeritus University Professor in Anthropology and Forced Migration and former director of the Refugee Studies Centre in the Department of International Development at the University of Oxford, UK, on the sidelines of the workshop about refugees’ historical ties to host countries, how governments’ policies have affected the lives of refugees, the implications of displaced children not receiving an adequate education, and what can be learned from the experiences of Iraqi and Palestinian refugees.

 

Continue reading and watch the interview here.

Jun 07, 2016 / 0 Comments
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L’université algérienne connait une véritable métamorphose conséquente aux impératifs de la mondialisation du savoir et de la réforme de l’enseignement supérieur.

 

En effet, le système Licence, Master, Doctorat (LMD) a introduit une nouvelle philosophie et de nouvelles méthodes et pratiques d’enseignement et de pratiques pédagogiques (best practices).

 

Les textes législatifs et règlementaires ont accéléré , la mise en place du processus LMD ; les Travaux Pratiques (TP) nouvelles pratiques instaurées par ce système ont générées des insuffisances et donné lieu à des interrogations de la part de la communauté universitaire sur l’application et le devenir de ces réformes; celles-ci ont été complétées par l’introduction de l’assurance qualité , comme instrument d’amélioration et de performance dans les établissements universitaires, voué à favoriser l’implémentation d’un système capable d’améliorer la formation supérieure et l’employabilité de ses diplômés.

 

Il est indéniable que gouverner, c’est prévoir, définir une stratégie, fixer et atteindre des objectifs à travers des méthodes de gestion rationnelles efficaces, décider de façon concertée, dans le cadre des structures représentatives.

 

Une nouvelle vision de la gestion des connaissances s’est instaurée avec l’adhésion d’un certain nombre d’universités au programme de la gouvernance. On peut d’ores et déjà dégager un certain nombre d’axes pour la réussite de cette expérience ambitieuse.

 

Le LMD ou la naissance du projet de l’étudiant :

Ce projet dont la devise est : apprendre c’est choisir.

 

Les règles du système LMD (les unités d’enseignement, les matières transversales, les crédits, la mobilité et le tutorat) pour ne citer que ces éléments qui concourent à ce que l’étudiant choisisse son propre projet d’avenir et notamment, le projet de l’entreprenariat.

 

 Cet esprit de liberté pédagogique se concrétise dans le cadre de l’assurance qualité par le biais des mécanismes d’évaluation interne et externe, dans chaque université.

 

Dans le cadre du LMD, l’étudiant s’initie par les choix des parcours et le travail personnel qu’il fournit à la démarche de construction de son projet d’avenir professionnel en connaissance de cause.

 

Participation des acteurs et mode de prise de décision :

 

Les différents acteurs de la vie universitaire participent à la concrétisation des missions de l’université par la promotion d’un enseignement de qualité et le développement de la recherche scientifique fondamentale et appliquée.

 

Peuvent-ils le faire ? Les organes actuels des universités le permettent-ils ?

 

Un réaménagement des textes en vigueur permettant de créer un équilibre dans la représentativité et la participation des différentes parties dans la prise de décision au sein des différentes structures et organes de l’université ce qui constituerait un bon atout de la gouvernance.

 

La nécessaire ouverture de l’université sur le secteur socioéconomique.

 

Le savoir mondialisé se tourne de plus en plus vers la sphère des nouvelles technologies et l’économie des connaissances.

 

Il est impératif de trouver les liens, les ponts entre le monde du savoir numérisé et le secteur économique, notamment le secteur privé dans le cadre des mécanismes de partenariat équilibré et avantageux pour les deux parties.

 

La création d’un bureau de liaison universités-entreprises (BLUE) s’impose, ayant pour mission de renforcer, l’ouverture de l’université, sur son environnement socioéconomique immédiat et national par :

  • la création d’un observatoire permanent de l’employabilité (OPE) au niveau de chaque université
  • l’encouragement et la promotion de l’enseignement tertiaire (des services).

 

A cet égard, il faut veiller à impliquer davantage le secteur privé national dans les organes de la gouvernance des établissements d’enseignement supérieur et saisir cette opportunité, pour diversifier les sources de financement de leurs activités pédagogiques et scientifiques.

 

Par ailleurs, il y a lieu d’impliquer les partenaires clés du secteur industriel en tant que fer de lance du développement de l’économie nationale tant public que privé, dans la définition , l’élaboration et la mise en œuvre des formations et l’actualisation des programmes afin de répondre en permanence aux besoins et aux exigences des économies nationales et internationales et favoriser une réforme tendant à impliquer  le secteur privé dans le conseil d’administration de l’université et de la faculté.

 

L’établissement d’une charte de la gouvernance

 

Pour coordonner les différentes initiatives et pratiques et mener à bien le programme de la gouvernance à l’université ; l’élaboration d’une charte serait souhaitée et mériterait de guider les réflexions, les actions conçues, planifiées pour répondre pleinement aux exigences de la gouvernance rationnelle et efficiente de l’université telles que recommandées et reflétées par la carte de positionnement de la banque mondiale.      

 

Cette charte doit comporter, les leviers de gouvernance à l’université, principalement :

  • Missions et stratégie de l’université
  • Relations management et organisation pédagogique et scientifique
  • Représentation, participation  et concertation
  • Modes de désignation et de prise de décision
  • Partenariat universités-secteurs socioéconomique
  • Valorisation du potentiel scientifique et technique dans l’enseignement et la recherche
  • Promotion des valeurs éthiques et déontologiques universitaires.

 

Réussir la gouvernance, c’est assurer la modernité de l’université algérienne et l’insérer dans un espace globalisé et interdépendant.

 

Permettre à l’université algérienne et à nos enseignants-chercheurs d’occuper leur place dans l’espace mondialisé et compétitif du savoir et aspirer à un niveau d’excellence, tels sont les défis que doit relever notre université.

 

La gouvernance s’impose donc comme un outil incontournable de maitrise de la connaissance au service du développement durable.

 

Cet article fait partie d'une série de blogs mettant en vedette les opinions des experts de l'enseignement tertiaire du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) en ce qui concerne l'enseignement tertiaire dans leurs pays respectifs, ainsi que l'utilisation de la carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC), un outil innovant qui permet aux universités de la région MENA de se comparer aux standards internationaux, de définir leur propre série d’objectifs et d’établir des références pour évaluer les progrès pour les atteindre. La carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC) a été développée par le programme d’enseignement tertiaire de la Banque Mondial/CMI et est appliquée par 100 universités dans la région MENA. 

Jun 06, 2016 / 0 Comments
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Photo: Reuters / J. Rinaldi

Les deux rives de la Méditerranée sont confrontées aujourd’hui à des difficultés, du désarroi à l'impuissance, et l'extrémisme violent. Les jeunes, premières victimes de ces soucis et de l’exclusion, sont la cible préférée pour les mouvements radicaux. Dans une série de 3 articles Jacques Ould Aoudia présente les facteurs jouant en faveur de la propagation de l'extrémisme violent en région Méditerranéenne. L'auteur identifiera aussi des solutions clés pour sauver les jeunes Méditerranéens de cette menace.

 

Cet article est le troisième dans une série de 3 articles.

 

La question identitaire. Le questionnement identitaire affecte tous les êtres humains : les années de construction de soi comme adulte créent une période de vulnérabilité pour chaque individu[1]. Quand des questionnements identitaires liés à l’origine viennent s’ajouter à ces moments de fragilité, s’ouvre une faille dans laquelle peuvent s’engouffrer les sirènes de la radicalité (devenir un homme, partir dans un ailleurs mythique, passer à l’action une arme entre les mains…).

 

On peut dire que, pour un individu, une situation d’équilibre est atteinte quand il assume sereinement cette multiplicité d’identités, sans angoisse. Un même individu né en France peut être marocain, berbère, européen, méditerranéen, parisien, français, musulman, du quartier de la Bastille ou des 4000 à Aulnay-sous-Bois, du ‘9-3’… Il fera vivre chacune de ses identités selon le lieu, selon le milieu où il se trouve. Au Maroc, ce n’est pas son identité de quartier qui compte, car personne ne connait les noms de tel ou tel quartier des périphéries urbaines de France. Il pourra se revendiquer/être perçu comme français (ou parisien) d’origine marocaine mais ne pourra pas se dire marocain tant il se distingue des marocains de son âge nés au Maroc. De même un groupe de jeunes du quartier T. en banlieue parisienne accueillant des jeunes suédois leur font visiter Paris en s’affirmant comme parisiens, alors qu’ils ne venaient jusque-là à Paris que pour provoquer des bagarres avec des groupes d’autres quartiers de la région parisienne, en restant coincés dans leur identité étroite et stigmatisée de ‘jeunes de T’.

 

Nombre de jeunes ‘de banlieues’ ne parviennent pas à vivre sereinement leurs identités multiples par manque de contacts avec d’autres milieux, dans d’autres situations sociales que celles qu’ils vivent, à l’étroit, dans leur quartier. Une petite partie d’entre eux se laisse ainsi entrainer dans une réduction de ces identités multiples à une seule, simple dans sa radicalité, qui leur est fournie clé en main par les sites djihadistes[2], avec les conséquences funestes que l’on connait.

 

Ainsi, il s’agirait moins d’une ‘radicalisation de l’islam’, que d’une ‘islamisation de la radicalité’. La faible connaissance de l’Islam des jeunes français qui ont perpétré les actes terroristes en janvier et novembre 2015 à Paris plaide en faveur de cette thèse. Si cette hypothèse est valide, alors on peut travailler préventivement sur la question de la radicalité auprès de larges couches de jeunes qui pourraient basculer dans la violence extrême. S’il s’agissait d’une islamisation de la religion, alors cela ferait partie du champ religieux sur lequel les politiques publiques, ou les actions des ONG ont par définition peu de prise.

 

L’entrée par la religion n’est donc pas pertinente pour aborder ces questions de radicalisation, et c’est une bonne nouvelle !

 

Prévention de la radicalisation : Prendre à bras le corps le questionnement identitaire

 

Pour élaborer une politique publique de prévention de la radicalisation, ou pour élaborer un projet en tant qu’ONG dans ce sens, il convient de partir de ces questionnements identitaires, pour en faire une force positive, pour amorcer une ouverture sur d’autres terrains d’inclusion (formation, citoyenneté, emploi…).

 

Le travail doit se concentrer sur la jeunesse, vers ceux qui ne parviennent pas à s’intégrer dans les sociétés dont ils sont membres formellement, juridiquement, sans s’en sentir pleinement partie prenante, sur les terrains de la reconnaissance symbolique, sociale, économique. Ils se sentent des ‘français de papier’. Ce sont ces couches des populations jeunes d’Europe qui forment le vivier des jeunes radicalisés. C’est sur ces couches, incluant les jeunes non-migrants des quartiers pauvres[3], qu’il nous semble prioritaire d’agir.

 

L’approche initiale en direction des jeunes serait de travailler (implicitement) sur les identités multiples des larges couches de jeunes issus de l’immigration ou non, en les aidant à assumer d’une façon apaisée cette multiplicité d’identités. Le plan symbolique mobilise en effet le terrain des émotions existentielles autour de la question cruciale à la période de la vie où l’on bascule dans l’âge adulte : ‘qui suis-je ?’ C’est pourquoi c’est le terrain symbolique qu’il faut investir en premier, en proposant des modèles porteurs de sens, valorisant, comme l’engagement dans la solidarité internationale, dans la préservation de l’environnement, en ayant comme perspective explicite les autres terrains : formation, emploi, inclusion citoyenne…

 

à Des actions à mener. Parmi les actions à mener, il est une disposition simple et peu coûteuse : les chantiers-échanges de jeunes, au sein et entre les pays des deux rives de la Méditerranée. Ces chantiers, constituent un terrain pertinent pour poser à chaque jeune, d’une façon simple et concrète, la question de la multiplicité de ses identités. La rencontre avec l’Autre est précisément le moment où l’identité affichée bascule et permet de composer le ‘bouquet’ d’identités qu’il faudra finir par assumer d’une façon apaisée. Ce travail peut s’accompagner d’une découverte de l’histoire des migrations, la grande Histoire et l’histoire familiale, que les parents ont trop souvent tue aux enfants dans les familles de migrants.

 

Une ouverture sur des actions inclusives.

 

Ces chantiers pourraient également avoir une dimension d’éveil à la formation professionnelle (chantiers) et/ou d’ouverture culturelle et interculturelle, mise sous le signe de l’inclusion. Inclusion sociale, culturelle, économique, citoyenne, notamment par la formation professionnelle.

 

Ils permettraient d’offrir aux jeunes les moyens de transformer la fragilité provoquée par cette multiplicité d’identités en force positive, pour son bénéfice individuel, celui de sa famille, ainsi que pour celui des sociétés d’accueil et d’origine.

 

Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement celles du Centre pour l’Intégration en Méditerranée. Le contenu de cet article n’engage également que l’auteur, et non ses institutions d’attache.

 

[1] Françoise Dolto compare l’individu à cette période de vie à un homard qui s’est débarrassé de sa carapace d’enfant, trop étroite, et se trouve fragilisé avant d’en fabriquer une autre à sa taille d’adulte.

[2] L’EI fait une propagande simpliste, très moderne, tout à l’envers de celle d’Al Qaida qui diffusait de longs prêches religieux, portés par des barbus sexagénaire et rébarbatifs, qui n’intéressait pas les jeunes. Rien de tel avec EI : on fait dans le sensationnel, on écrit une épopée macabre avec des images choc, qui magnifie la mort de soi et de l’autre, épopée dont on peut être l’un des héros, très vite, ici ou là-bas.

[3] Un jeune autochtone d’une petite ville des Ardennes (Nord-Est de la France) ravagée par la désindustrialisation et le chômage disant à un vieil immigré qui racontait l’histoire de sa vie, cette phrase terrible : « vous, au moins, vous avez une origine ! ».

 

May 30, 2016 / 0 Comments
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The UCLG-MEWA 2016 CONGRESS, “Migration, Culture and Gastronomy Summit,” was held in Gaziantep on 19-21 April. The migration referred to is, of course, the migration of Syrian refugees to Turkey, Lebanon and Jordan. 

 

The previous week İstanbul Aydın University hosted the International Congress on Cities and City Councils. Though the focus was to be on sharing experiences and discussing the future of city councils, the Syrian refugee crisis dominated discussions on the first day. 

 

According to statistics provided by the Ministry of the Interior, there are 2,255,299 refugees in Turkey: 279,574 in camps and 2 million in cities throughout Turkey. Of these, 800 thousand are school age children. An additional 160,000 Syrian babies have been born in Turkey. Syrian refugees are living in all 81 provinces, with 14% in İstanbul. Not surprisingly, 50% are living in the 4 provinces bordering Syria: Urfa, Hatay, Gaziantep and Kilis. 16%, the largest group, are living in Urfa. An official from Urfa said this was to be expected since Aleppo and Urfa are culturally very similar. Kilis, which is the smallest of these four provinces, has a local population of 95,000. But today it hosts 130,000 Syrian refugees. 

 

FİNANCİAL CHALLENGES

This is where the problem begins. The budget for municipality services is based on the size of the local population. Today Kilis has a budget to provide services for 95,000 people; but the actual number it has to provide for is 230,000 people. Clearly the city cannot meet the needs of the refugees given its current budget.

 

The Mayor of Küçükçekmeceone of the 39 districts of Istanbul, noted that Turkish cities hosting Syrian refugees were unprepared to meet their needs. “We know what has to be done but the cities have not been given additional resources to meet the needs of the refugees. Nonetheless, we cannot ignore the desperate situation they are in. Therefore, we are having to cut back on services to our own residents and use those funds for the refugees. But the sad truth is that what little we can accomplish with these meager means is woefully inadequate.’’

 

When a city like Urfa suddenly finds an additional 350,000 people living within its borders, major investments are required to meet the additional demands on the water supply, transportation, sewer and waste removal systems. However, providing additional services requires additional personnel and equipment. Hosting school age children means providing education and this requires school buildings and hiring teachers. The increasing need for housing is driving up rents and real estate prices. Syrians are receiving free health care in public hospitals and this is straining health care services. 

 

Foreign financial assistance is available but NOT to the cities. The rules pertaining to international funding preclude their use in housing construction or building schools. Social centers are desperately needed to house psychological support programs, skills training and language courses to ease social adaptation. But there is no international funding for social centers or health centers. No money for rent, power, water, heating….Yet this is where the assistance is needed.

 

SOCİAL CHALLENGES

Then there are the social problems, the Mayor of Büyükçekmece, another of the 39 districts of Istanbul, spoke of the social problems that are now plaguing the district. ‘’The EU looks at the refugee crisis as a numbers issue. How many people have arrived? How many more are on the way? Since the arrival of the refugees we are having to deal with robberies, prostitution, drugs, and homelessness. Desperate, refugees are willing to work for wages far below the rate paid to the locals. As a result, unemployment among locals is on the rise. Syrian women are being taken as mistresses, second or third wives. Divorce rates are on the rise. İ believe the social upheaval caused by the refugee crisis is as grave a problem as the Kurdish insurgency in southeast Turkey. İf we don’t put enough money in the pockets of the refugees so that they can meet their basic needs; if we do not educate the Syrian children, the social consequences for Turkey will be disastrous.’’

 

Cities located on the Aegean coast face a different challenge altogether. The Balikesir City Council representative spoke of the refugees trying to escape to Europe. ‘’We don’t have a large refugee population. Refugees come to our shores to make the crossing to the Greek islands. Those who’s crossing ended in tragedy; people whose loved ones drowned before their very eyes; they are the ones who return to our shores. And we are the ones who have to help them deal with the unbearable sorrow. Psychologists and teachers have volunteered to work with these people who have been traumatized beyond anything we can imagine. But there is no formal assistance being provided by any organization to meet this need.’’ 

 

SUCCESS 

The City Councils Congress officials used the meeting to share the problems they were facing Vis-a-Vis the Syrian refugees. At the UCLG Congress, officials chose to highlight the successes in addressing the needs of the refugees. The success of Gaziantep’s programs should be viewed as an example of the good that can be accomplished when sufficient resources are put to use where they are needed; and not arbitrarily assigned by agencies and bureaucrats. 

 

The bottom line is that the refugees are here to stay for a long time, and many will never return. Cities need to develop short, medium and long term strategies for dealing with this crisis. And funding needs to be made available to cities so that they may deliver the services needed by the additional populations that they now host. 

May 30, 2016 / 0 Comments
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Dans le sillage des travaux sur la croissance endogène (Aghion et howitt, 1992), apparaissait les économies, et par extension les sociétés, fondées sur la connaissance qui ont suscité un immense espoir quant à l’avènement d’un nouveau modèle de développement économique et social. De nombreux travaux, dont ceux de la Banque Mondiale[1], ont pu montrer comment s’opère ce mécanisme qui aboutit, à partir de la formation du capital humain, à des économies mises sur le chemin vertueux qui mène au développement. Ces nations qui ont énormément investi dans l’éducation se retrouvent dans la catégorie des pays dits « développés » (Japon, Corée du Sud,…) ou dans celle appelée « pays émergents » (BRICS : Brésil, Russie, Inde, Corée du Sud et Afrique du Sud).

 

Cependant, une observation paradoxale vient atténuer, pour le moins, cette hypothèse : certains pays à fort investissement dans l’éducation échappent à cette évolution (pays du Moyen Orient et du Nord Afrique - MENA, dont l’Algérie). Ce qui fait peser une sérieuse limite sur ce paradigme.

 

Ce papier propose, à partir de l’analyse des causes de non atteinte des objectifs de l’économie fondée sur la connaissance pour ces nations, d’examiner les voies et moyens pour refonder l’investissement en éducation en vue de construire un nouveau paradigme basé sur les compétences.

 

Investissements dans l’éducation et les compétences

 

En effet, l’investissement dans le capital humain favorise, selon cette théorie (G.S.Becker, 1964) la croissance économique soutenue, qui dans un processus cumulatif place les nations sur le chemin vertueux qui mène au développement.

 

Cette dynamique schématiquement, ainsi, décrite n’a pas été observée dans certaines contrées (pays de la région MENA par exemple). Le déficit accusé trouve son explication dans le déficit au niveau de l’esprit d’entreprise au sens schumpétérien du terme dont l’innovation et la créativité nécessaires pour alimenter et accompagner cette croissance.

 

Ce constat signifie que des conditions économiques, sociales ou culturelles nécessaires à cette dynamique sont insuffisantes ou n’existent pas. La question centrale revient, par conséquent, à identifier ces conditions et les raisons de leurs absence/insuffisance.

 

D’un autre côté, des limites structurelles de cette théorie sont aussi relevées dans l’asymétrie d’information que le développement rapide des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) atténue, certes, mais ne résout pas.

 

Le processus schématique sur lequel s’appuie cette théorie : information-connaissance- savoir-compétence achoppe toujours sur les déperditions des ressources dans les étapes de transformation : l’environnement dans lequel s’opèrent ces actions de formations se caractérise par des inerties (résistances) et des frottements (interférences) quand ce n’est pas la nature du diffuseur (entendre le formateur) lui-même qui est source de pertes d’énergie.

 

Ici, intervient la qualité des formations dispensées. Le passage de l’étape du savoir à celle de compétences ne se réalise pas ; des lacunes dans les formations empêchent l’accès aux espaces réservés à l’imagination, à l’innovation et à la création, même si formellement, des infrastructures dédiées tels les incubateurs et autres pépinières existent.

 

Pour un nouveau paradigme d’économies fondées sur les compétences

 

Une étude menée par L'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) en 2013[2] dans 24 pays membres et portant sur les compétences des 16-65 ans révèle que :

 

« Le développement et l'utilisation des compétences peuvent venir améliorer les perspectives d'emploi et la qualité de vie, voire stimuler la croissance économique ».

 

Elle ajoute que :

 

« L’enquête montre qu’une formation initiale de qualité est un facteur prédictif important de la réussite à l’âge adulte. Mais les pays doivent y ajouter tout au long de la vie des possibilités d’apprentissage flexibles et axées sur les compétences, notamment pour les adultes en âge de travailler. ». 

 

Ainsi, si l’effort colossal dans l’investissement en éducation est indéniable(les chiffres en témoignent), la formation du capital humain n’a pas eu d’impact proportionnel dans la sphère culturel dans cette région du monde. Ce maigre résultat n’est pas seulement imputable aux forces d’inertie classiques identifiées dans le conservatisme ou l’archaïsme sociétal qui empêcheraient les mutations et le progrès.

 

En effet, les insuffisances dirimantes observées dans l’analyse des manuels scolaires, des pratiques pédagogiques et des méthodes d’apprentissage en usage ne peuvent, à elles seules expliquer ces blocages. Une piste exploratoire qui s’ouvre, dès lors, à la recherche est celle qui consiste à mener la réflexion sur les voies et moyens pour assurer le passage du « capital humain » au « capital culturel », qui ferait d’un ingénieur en informatique, par exemple, un mélomane, chef d’orchestre dans sa vie intime.

 

Cet obstacle majeur ne peut être résolument contourné qu’au prix d’un développement structurel de l’organisation sociale qui s’appuie ouvertement sur développement et la généralisation des TIC, orientées vers plus de compétences des acteurs. Ce qui relève d’une réforme des institutions dans leur mode d’organisation et de fonctionnement avec en point de mire la création d’espaces propres à l’innovation, la création et l’inventivité que peuvent garantir les compétences acquises. Par suite, la qualité des formations va garantir autant les compétences liées aux qualifications que celles relatives à l’épanouissement des individus qui en sont dotés.

 

Cet article fait partie d'une série de blogs mettant en vedette les opinions des experts de l'enseignement tertiaire du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) en ce qui concerne l'enseignement tertiaire dans leurs pays respectifs, ainsi que l'utilisation de la carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC), un outil innovant qui permet aux universités de la région MENA de se comparer aux standards internationaux, de définir leur propre série d’objectifs et d’établir des références pour évaluer les progrès pour les atteindre. La carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC) a été développée par le programme d’enseignement tertiaire de la Banque Mondial/CMI et est appliquée par 100 universités dans la région MENA. 

 

[1] Notamment les travaux de G.Psacharopoulos, H.A.Patrinos, and Returns to investment in education: a further update.World Bank, 2002.

[2] OCDE, Plus de compétences pour une société meilleure, Octobre 2013.

May 30, 2016 / 0 Comments
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Photo: AFP / R. Gabalda

 

Les deux rives de la Méditerranée sont confrontées aujourd’hui à des difficultés, du désarroi à l'impuissance, et l'extrémisme violent. Les jeunes, premières victimes de ces soucis et de l’exclusion, sont la cible préférée pour les mouvements radicaux. Dans une série de 3 articles Jacques Ould Aoudia présente les facteurs jouant en faveur de la propagation de l'extrémisme violent en région Méditerranéenne. L'auteur identifiera aussi des solutions clés pour sauver les jeunes Méditerranéens de cette menace.

Cet article est le deuxième dans une série de 3 articles.

 

La migration, mais aussi les pays d’origine, ont connu depuis 30 ans de profondes mutations. Nous présentons ci-après celles qui se sont manifestées en France et au Maroc.

 

De profondes mutations, dans les territoires d’origine et dans la migration.

 

D’une migration formée de ruraux originaires des montagnes enclavées du Maroc, recrutés pour des emplois d’ouvriers dans les mines et la métallurgie en Europe dans les années 50 et 60 dans le cadres des accords de main d’œuvre, la migration est désormais composée d’une population d’origine plus urbaine, elle est plus instruite, plus féminine. Avec les enfants nés des premières générations dans les pays d’accueil, elle forme maintenant ce qu’il est convenu d’appeler la ‘diaspora’, que les institutions marocaines appellent les ‘marocains du monde’ (MdM).

 

D’une façon générale, pour agir sur la migration sur quelque plan que ce soit, pour définir des politiques publiques d’intégration ou élaborer des programmes en tant qu’ONG, il est crucial de comprendre le lien qui relie le migrant à son territoire d’origine. Comment ce lien entre diaspora et pays d’origine a-t-il évolué, au fil des mutations profondes que connaît la diaspora marocaine ?[1]

 

Pour les migrants des premières générations le lien avec le pays d’origine se situait sur le registre de l’obligation sociale, de l’injonction communautaire. Au risque d’être exclu du groupe, le migrant avait l’obligation de soutenir sa famille restée au village, mais aussi, très souvent, de participer aux projets de développement en biens collectifs dans le village d’origine. Seuls ou organisés dans les pays d’accueil en associations qui recouvraient le périmètre des villages du pays d’origine, la plupart des migrants marocains de ces générations a ainsi soutenu des projets collectifs villageois, en envoyant des fonds et en participant à la conduite du projet pour restaurer la mosquée, équiper l’école, électrifier le village, amener l’eau potable, refaire la piste… A cette époque, le migrant était le principal animateur du territoire, avec ses projets, ses financements, son prestige, son automobile, son savoir… Il était devenu un acteur majeur du développement local, au niveau villageois.

 

Dès la fin des années 80, l’association Migrations & Développement (M&D) a formalisé et systématisé ce modèle d’intervention entre migrants et territoires[2]. C’est sur ce modèle, que M&D a construit son action pour déboucher empiriquement sur une approche de développement rural intégré sur la région d’origine des migrants qui l’avaient créée : les Régions du Souss Massa et du Drâa Tafilalet[3].

 

Trente ans après, ce modèle fondé sur un lien d’injonction communautaire entre migrants et territoire d’origine ne fonctionne plus. D’une part, le migrant est devenu un acteur parmi d’autres, car d’autres acteurs ont émergé sur le territoire (élus des Communes, cadres des associations de développement, administrations décentralisées) qui sont en capacité croissante de porter le développement local.

 

D’autre part et surtout, parce que les membres de la diaspora ont profondément changé : plus instruits, plus féminins, pour la plupart nés en France, ils se sont éloignés de l’injonction communautaire. Ils sont plus individualistes, plus investis à mener des projets dans leur société d’accueil car ils n’ont plus, comme les anciens, l’idée d’un retour au pays[4]. Leur horizon comprend des objectifs similaires à ceux de tout jeune de France : fonder une famille étroite, trouver du travail, un logement, s’occuper de la scolarité des enfants…

 

Comment le lien avec le pays d’origine (des parents) s’est-il modifié avec ces mutations tant dans la diaspora que dans la migration ?

 

Même avec la perspective de rester dans le pays d’accueil, le lien avec le pays d’origine ou celui des parents reste fort. Mais il s’est déplacé vers des questionnements identitaires. Que ce soit sur le mode défensif (sous l’effet de la montée du racisme, de la consolidation du ‘plafond de verre’ qui bloque la promotion professionnelle et sociale pour qui porte un nom arabe ou une apparence d’ailleurs…) ou sur le mode affirmatif : on revendique plus ou moins sereinement son identité, son origine. Mais cette revendication identitaire s’effectue au sein d’un jeu complexe d’identités multiples.

 

Cette problématique identitaire concerne tout spécifiquement les jeunes nés en France issus de la migration. Elle rencontre un profond malaise social qui touche de larges fractions des populations concentrées dans les zones périurbaines, composée de jeunes issus de migrants mais aussi de jeunes autochtones. Malaise aux composantes sociale et identitaire mêlées inextricablement pour ces populations. N’aborder la question que sous un seul de ces deux angles conduit à des erreurs d’appréciation majeurs.

 

Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement celles du Centre pour l’Intégration en Méditerranée.

Le contenu de cet article n’engage également que l’auteur, et non ses institutions d’attache.

 

[1] Ces mutations générationnelles affectent d’autres diasporas. Selon des témoignages recueillis, elles concernent les diasporas des pays andins en Amérique Latine, celles du Mali, mais aussi du Vietnam, de Chine. Chacune, avec ses caractéristiques propres, est confrontée au renouvellement du lien entre nouvelles générations et pays d’origine des parents.

[3] De Tinghir à Tiznit, soit 530 km de profondeur, dans les montagnes de l’Atlas et Anti-Atlas, au centre sud du Maroc, la première région d’émigration de masse, vers les grandes villes du pays et vers l’Europe.

[4] Cela pourrait changer avec l’approfondissement de la crise sociale et politique en Europe : de nombreux jeunes marocains, surtout parmi les diplômés, envisagent un retour au pays. Mais un retour ‘ouvert’ sur des mobilités entre pays d’origine (des parents), pays d’accueil et, souvent, pays tiers.

May 27, 2016 / 0 Comments
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Le projet stratégique intégré (Figure n°1) mené par l’Université Virtuelle de Tunis (UVT) depuis quelques années est un projet particulier. Il est né suite à une analyse profonde de la situation de l’université et répond à ses besoins et tient compte des freins qui entravent son développement. Le projet est aussi adapté à ses spécificités et est ancré à son contexte. Mais, c’est un projet de réforme conçu et mis en œuvre par l’université et pour l’université.

 

Figure n°1 : Le projet stratégique intégré de l’UVT

Source : les auteurs.

 

La matrice de positionnement de la gouvernance universitaire est l’un des outils qui ont permis à l’UVT de mieux comprendre sa situation et d’identifier les axes d’améliorations. Les scores obtenus concernant les dimensions “Autonomie” et “Responsabilisation” étaient relativement bas. Le score relatif à la dimension “Participation” était le plus faible.

 

Les représentations visuelles (Figure n°2 et figure n°3) indiquent les scores de l'université selon les cinq dimensions de la gouvernance, montrant respectivement les scores d'auto-évaluation et les scores du questionnaire.

 

Figure n°2 Gouvernance Universitaire: Scores de l’Auto-évaluation

Source : « Université Virtuelle de Tunis, Positionnement de la gouvernance universitaire », Banque mondiale, 2012.

 

Figure n°3 Gouvernance Universitaire: Scores du Questionnaire

Source : « Université Virtuelle de Tunis, Positionnement de la gouvernance universitaire », Banque mondiale, 2012.

 

Dans ce cadre, profitant de la possibilité de financement -dans le cadre du fonds compétitif Programme d'appui à la Qualité (PAQ)- l’UVT s’est d’abord engagée dans des actions importantes pour l’amélioration de ses capacités de gestion. Un diagnostic approfondi a pu alors être réalisé. L’UVT s’est dotée d’un projet de nouvel organigramme adapté, de fiches de fonctions, d’un manuel de procédures, d’un manuel de qualité, etc. Elle a réalisé des actions d’évaluation des compétences de son personnel et de développement de ces compétences à travers des stages à l’étranger et des formations sur la gestion et l’autonomie de l’université, le  management de la qualité etc.

 

L’UVT s’est aussi livrée pour la première fois à un exercice d’auto-évaluation en 2014-2015. Un comité interne a ainsi été constitué. Il a réalisé cette auto-évaluation sur la base d’outils sur-mesure conçus pour l’UVT. Une étude préalable des référentiels d’agences européennes (notamment les agences Espagnole ANECA et Suisse AAQ) et de guides d’auto-évaluation a été conduite avec l’accompagnement d’un expert international. Le premier rapport d’auto-évaluation de l’UVT a été produit au mois d’août 2015. Il comprend un  plan d’amélioration proposé par le comité interne.

 

En novembre 2015, l’UVT s’est livrée à une première évaluation externe par un comité d’experts internationaux mobilisés par le bureau Maghreb de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF).

 

La prochaine auto-évaluation est planifiée au début de l’année 2017. Ayant pour objectif de soumettre le système d’assurance qualité interne de l’UVT à une évaluation par une agence européenne et d’obtenir une accréditation internationale d’au moins deux programmes de l’UVT.

 

En parallèle, l’UVT s’est engagée dans un processus de renforcement de son autonomie. Elle a été la première et l’unique université qui a demandé en Septembre 2014 la transformation de son statut en Établissement Public à caractère Scientifique et Technologique (EPST). Ce statut permet à l’université de bénéficier d’une autonomie financière (comptabilité commerciale, procédures de passation des marchés plus souples, contrôle des dépenses à posteriori…). Le changement de statut permet en outre à l’UVT d’évoluer vers une plus grande autonomie dans sa gestion puisqu’elle devient régie à la fois par la loi relative à l’enseignement supérieur mais aussi par la législation commerciale s’appliquant aux Établissements Publics à caractère non Administratif (EPNA). Depuis le 1er janvier 2016, l’UVT est la seule université autonome en Tunisie.

 

Forte des enseignements des divers diagnostics et de l’évaluation, l’UVT s’est aussi lancée dans l’établissement de son premier plan de développement stratégique. Elle a d’abord été accompagnée par un expert international dans un travail de réflexion stratégique sur le devenir de l’université et de l’enseignement virtuel. Au niveau méthodologique, ce travail a été mené à travers la réalisation d’une étude documentaire, de focus-groups en présence des responsables et cadres de l’université, d’ateliers de prospective et de définition des scénarii d’évolution impliquant des acteurs internes mais aussi externes et des entretiens avec des parties prenantes. Le plan stratégique 2016-2019 a pu ainsi être élaboré avec une approche participative. L’UVT est ainsi devenue la première université Tunisienne à disposer d’un plan de développement quadriennal et à avoir une vision officiellement adoptée sur le long terme (« L’UVT sera une université innovante de référence au niveau national et international ») et une vision précise sur sa situation en 2020, au terme de l’exécution de son plan de développement stratégique 2016-2019.

 

L’UVT a commencé récemment l’élaboration de son projet d’établissement sur la période 2016-2019. Conformément aux obligations légales de l’UVT en tant qu’EPST, ce projet quadriennal devra être soumis au conseil d’administration (conseil d’établissement) au mois d’Octobre 2016 et servira de base à la signature d’un contrat de performance avec le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. La signature du contrat de l’UVT en 2016 marquera ainsi la réactivation de la contractualisation dans l’enseignement supérieur en veille depuis le début de 2010.

 

Le projet stratégique intégré est envisagé comme un projet mobilisateur et fédérateur. C’est une première étape pour introduire le changement par rapport à un type de management public inadapté à la spécificité de l’UVT et à son nouveau contexte. Ce projet est engagé comme un moyen pour introduire, lentement mais d’une manière profonde, une nouvelle culture au niveau des responsables et du personnel de l’université. Il est enfin un projet de renforcement des capacités puisqu’il est réalisé en veillant à l’appropriation des outils et démarches par les acteurs internes à l’université et à l’accompagnement de leur apprentissage de manière à ce qu’ils puissent mener ces activités petit à petit d’une manière spontanée, efficace et surtout autonome. Grâce à ce projet, l’UVT est entrée dans une nouvelle étape qui devrait favoriser plus de performance et un développement plus rapide.

 

Cet article fait partie d'une série de blogs mettant en vedette les opinions des experts de l'enseignement tertiaire du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) en ce qui concerne l'enseignement tertiaire dans leurs pays respectifs, ainsi que l'utilisation de la carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC), un outil innovant qui permet aux universités de la région MENA de se comparer aux standards internationaux, de définir leur propre série d’objectifs et d’établir des références pour évaluer les progrès pour les atteindre. La carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC) a été développée par le programme d’enseignement tertiaire de la Banque Mondial/CMI et est appliquée par 100 universités dans la région MENA. 

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