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Vers un Paradigme d’Économies Compétitives

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May 30, 2016 / 0 Comments
   

Dans le sillage des travaux sur la croissance endogène (Aghion et howitt, 1992), apparaissait les économies, et par extension les sociétés, fondées sur la connaissance qui ont suscité un immense espoir quant à l’avènement d’un nouveau modèle de développement économique et social. De nombreux travaux, dont ceux de la Banque Mondiale[1], ont pu montrer comment s’opère ce mécanisme qui aboutit, à partir de la formation du capital humain, à des économies mises sur le chemin vertueux qui mène au développement. Ces nations qui ont énormément investi dans l’éducation se retrouvent dans la catégorie des pays dits « développés » (Japon, Corée du Sud,…) ou dans celle appelée « pays émergents » (BRICS : Brésil, Russie, Inde, Corée du Sud et Afrique du Sud).

 

Cependant, une observation paradoxale vient atténuer, pour le moins, cette hypothèse : certains pays à fort investissement dans l’éducation échappent à cette évolution (pays du Moyen Orient et du Nord Afrique - MENA, dont l’Algérie). Ce qui fait peser une sérieuse limite sur ce paradigme.

 

Ce papier propose, à partir de l’analyse des causes de non atteinte des objectifs de l’économie fondée sur la connaissance pour ces nations, d’examiner les voies et moyens pour refonder l’investissement en éducation en vue de construire un nouveau paradigme basé sur les compétences.

 

Investissements dans l’éducation et les compétences

 

En effet, l’investissement dans le capital humain favorise, selon cette théorie (G.S.Becker, 1964) la croissance économique soutenue, qui dans un processus cumulatif place les nations sur le chemin vertueux qui mène au développement.

 

Cette dynamique schématiquement, ainsi, décrite n’a pas été observée dans certaines contrées (pays de la région MENA par exemple). Le déficit accusé trouve son explication dans le déficit au niveau de l’esprit d’entreprise au sens schumpétérien du terme dont l’innovation et la créativité nécessaires pour alimenter et accompagner cette croissance.

 

Ce constat signifie que des conditions économiques, sociales ou culturelles nécessaires à cette dynamique sont insuffisantes ou n’existent pas. La question centrale revient, par conséquent, à identifier ces conditions et les raisons de leurs absence/insuffisance.

 

D’un autre côté, des limites structurelles de cette théorie sont aussi relevées dans l’asymétrie d’information que le développement rapide des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) atténue, certes, mais ne résout pas.

 

Le processus schématique sur lequel s’appuie cette théorie : information-connaissance- savoir-compétence achoppe toujours sur les déperditions des ressources dans les étapes de transformation : l’environnement dans lequel s’opèrent ces actions de formations se caractérise par des inerties (résistances) et des frottements (interférences) quand ce n’est pas la nature du diffuseur (entendre le formateur) lui-même qui est source de pertes d’énergie.

 

Ici, intervient la qualité des formations dispensées. Le passage de l’étape du savoir à celle de compétences ne se réalise pas ; des lacunes dans les formations empêchent l’accès aux espaces réservés à l’imagination, à l’innovation et à la création, même si formellement, des infrastructures dédiées tels les incubateurs et autres pépinières existent.

 

Pour un nouveau paradigme d’économies fondées sur les compétences

 

Une étude menée par L'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) en 2013[2] dans 24 pays membres et portant sur les compétences des 16-65 ans révèle que :

 

« Le développement et l'utilisation des compétences peuvent venir améliorer les perspectives d'emploi et la qualité de vie, voire stimuler la croissance économique ».

 

Elle ajoute que :

 

« L’enquête montre qu’une formation initiale de qualité est un facteur prédictif important de la réussite à l’âge adulte. Mais les pays doivent y ajouter tout au long de la vie des possibilités d’apprentissage flexibles et axées sur les compétences, notamment pour les adultes en âge de travailler. ». 

 

Ainsi, si l’effort colossal dans l’investissement en éducation est indéniable(les chiffres en témoignent), la formation du capital humain n’a pas eu d’impact proportionnel dans la sphère culturel dans cette région du monde. Ce maigre résultat n’est pas seulement imputable aux forces d’inertie classiques identifiées dans le conservatisme ou l’archaïsme sociétal qui empêcheraient les mutations et le progrès.

 

En effet, les insuffisances dirimantes observées dans l’analyse des manuels scolaires, des pratiques pédagogiques et des méthodes d’apprentissage en usage ne peuvent, à elles seules expliquer ces blocages. Une piste exploratoire qui s’ouvre, dès lors, à la recherche est celle qui consiste à mener la réflexion sur les voies et moyens pour assurer le passage du « capital humain » au « capital culturel », qui ferait d’un ingénieur en informatique, par exemple, un mélomane, chef d’orchestre dans sa vie intime.

 

Cet obstacle majeur ne peut être résolument contourné qu’au prix d’un développement structurel de l’organisation sociale qui s’appuie ouvertement sur développement et la généralisation des TIC, orientées vers plus de compétences des acteurs. Ce qui relève d’une réforme des institutions dans leur mode d’organisation et de fonctionnement avec en point de mire la création d’espaces propres à l’innovation, la création et l’inventivité que peuvent garantir les compétences acquises. Par suite, la qualité des formations va garantir autant les compétences liées aux qualifications que celles relatives à l’épanouissement des individus qui en sont dotés.

 

Cet article fait partie d'une série de blogs mettant en vedette les opinions des experts de l'enseignement tertiaire du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) en ce qui concerne l'enseignement tertiaire dans leurs pays respectifs, ainsi que l'utilisation de la carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC), un outil innovant qui permet aux universités de la région MENA de se comparer aux standards internationaux, de définir leur propre série d’objectifs et d’établir des références pour évaluer les progrès pour les atteindre. La carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC) a été développée par le programme d’enseignement tertiaire de la Banque Mondial/CMI et est appliquée par 100 universités dans la région MENA. 

 

[1] Notamment les travaux de G.Psacharopoulos, H.A.Patrinos, and Returns to investment in education: a further update.World Bank, 2002.

[2] OCDE, Plus de compétences pour une société meilleure, Octobre 2013.

Bakouche Sadek

Bakouche Sadek est né le14/12/1954 à Bejaïa, Algérie. Il est Président de la Commission pour l’Implémentation de l’Assurance Qualité dans l’Enseignement Supérieur en Algérie (CIAQES). Docteur d’état en sciences économiques et professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Travaux Publics d’Alger où il enseigne le Management, il est associé à l’Ecole Nationale Supérieure de Management où il est responsable du Master « Management par la qualité ».Il a publié de nombreux articles sur l’assurance qualité, l’enseignement supérieur et la recherche scientifique, les problèmes de croissance économique. Il a publié deux ouvrages : 1- « l’université algérienne et sa gouvernance » (ouvrage collectif)- CREAD- 2011. 2- « La relation éducation- développement – éléments pour une théorie. » - OPU – Alger - 2009.

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