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Souci de la qualité et dynamique entrepreneuriale dans l'enseignement supérieur : Comment passer à la pratique pour améliorer l'économie algérienne ?

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May 25, 2016 / 0 Comments
   

Ces deux dernières décennies, il a été souvent souligné que l’université d’aujourd’hui se trouve au cœur d'une économie mondiale de la connaissance et que sa mission dépasse de ce fait le simple cadre de l'enseignement et de la recherche (Clark, 1998 ; Aronowitz, 1998, 2000 ; Marginson & Considine, 2000 ; Etzkowitz, 2002). Elle est de plus en plus tenue de s’impliquer dans le développement économique, à l’échelle nationale et internationale. Aujourd'hui, il ne fait plus de doute que son efficacité dans la professionnalisation de la main-d’œuvre est un facteur important. Il est également largement admis que la créativité stimule l'emploi, la performance des marchés et la croissance économique. Voilà pourquoi l'enseignement supérieur est de plus en plus confronté au défi de promouvoir des compétences innovantes.

 

L'Algérie, comme de nombreux pays dans le monde, s’efforce de considérer sa politique d’enseignement supérieur comme une stratégie d'investissement et d’axer pour cela les apprentissages et la recherche sur la promotion de l’innovation et de l'employabilité. À l’instar du reste du monde, les établissements du tertiaire en Algérie sont appelés à se pencher sur des aspects qui ont trait à la fois à la mesure des moyens (temps passé à étudier, charge de travail des étudiants, etc.) et des résultats (employabilité, productivité dans la recherche...). On les somme de se conformer à des critères d'excellence internationaux.

 

Mû par la volonté d'atteindre ces objectifs, l'École polytechnique d’architecture et d’urbanisme (EPAU) d'Alger a commencé à mettre en place une série d'actions stratégiques censées développer une culture organisationnelle et entrepreneuriale dans un souci d’amélioration de la qualité et instaurer des relations plus collaboratives avec les professionnels de l'architecture et du monde socioéconomique. L'EPAU a été créée dans les années 70. Aujourd'hui, même si l'école est considérée comme un pôle d'excellence en Algérie, en raison d'un processus de sélection des étudiants très rigoureux, elle a pour ambition d’améliorer ses performances institutionnelles.

 

Au cours des trois dernières années, ce processus de changement a donné lieu à plusieurs phases :

  • Phase 1 : Expliquer aux acteurs internes (direction, personnel enseignant et administratif, étudiants et chercheurs) la nécessité de repenser les croyances et pratiques convenues. La stratégie de communication adoptée reposait sur l'organisation d'une série de conférences, destinées à sensibiliser les personnes concernées au besoin urgent de développer un système de gestion et une culture de la qualité en interne.
  • Phase 2 : Mener une réflexion introspective impliquant les étudiants, le corps enseignant et le personnel administratif. Cependant, avant de lancer cet exercice d'autoévaluation, il était impératif d’en clarifier au préalable l'objectif, qui n'était pas d'identifier les personnes les moins performantes afin de les punir, mais d’instiguer un processus collectif d'auto-amélioration. Le questionnaire ciblait l’analyse de sept aspects principaux : gouvernance, éducation, recherche, vie universitaire, équipements, coopération internationale et relations socioéconomiques. L’ensemble du personnel enseignant et plus de la moitié du personnel administratif étaient concernés par l'enquête. Par ailleurs, sur les 900 étudiants inscrits à l'EPAU, 300 ont pris part à l'enquête.

Naturellement, la collecte des données a été suivie par l'examen, l'évaluation et l'interprétation des résultats. Les conclusions de l’enquête ont fait l'objet d'une présentation publique et d'un débat, lors d'un atelier organisé à l'EPAU par la cellule assurance qualité en 2015. L'atelier a été perçu comme un espace d'échange et de débat autour des propositions d'auto-amélioration.

  • Phase 3 : Améliorer la qualité à différents niveaux, notamment celle du cursus en architecture, par l'harmonisation et le renforcement des programmes d'études. En mai 2015, le directeur de l'EPAU a créé une commission sur les programmes et la réglementation. Celle-ci a entre autres pour mission de reconceptualiser les pratiques didactiques et pédagogiques, pour faire en sorte que les programmes développent un nouveau bagage de compétences économiques. Ainsi, outre des compétences techniques (connaissance du sujet et savoir-faire), celui-ci comprendra des compétences liées au raisonnement et à la créativité, mais aussi des aptitudes comportementales et entrepreneuriales (persévérance, écoute, communication, collaboration). Naturellement, le processus de réflexion sur la nature des qualifications indispensables à l'employabilité et à l'innovation a impliqué le personnel enseignant, des représentants du Conseil national de l’Ordre des architectes, d’autres professionnels ainsi que des ONG.
  • Phase 4 : Introduire de nouvelles procédures afin que les ressources et les experts de l'institution soient plus visibles aux yeux des professionnels de l’architecture, des responsables politiques et des partenaires socioéconomiques. Par ailleurs, des initiatives sont en cours pour étoffer le réseau d'anciens étudiants de l'EPAU. La mobilisation des anciens élèves et le soutien des entreprises contribueront à transformer l'expérience pédagogique des étudiants (stages, employabilité, etc.). L'objectif est de planter les premiers jalons d’une co-création entre la communauté de l'EPAU et les divers acteurs impliqués dans la production et la transformation du cadre bâti.

 

On estime généralement que de telles initiatives, visant le développement d'une culture de la qualité et la promotion d'une architecture entrepreneuriale, demandent du temps et du travail, pour deux raisons essentiellement. Premièrement, la dynamique de l'enseignement supérieur reste profondément ancrée dans des pratiques, des valeurs et des idées convenues. Deuxièmement, la complexité du cadre dans lequel s’opère le changement au sein d’un établissement public d’enseignement supérieur ne doit pas être sous-estimée, étant donné que ces initiatives peuvent être affaiblies par des facteurs tels que l'absence d'autonomie, une réglementation externe et des contraintes financières. Néanmoins, l'exemple de l'EPAU montre que l'instigation d'une culture de qualité et l’amélioration des performances institutionnelles peuvent déboucher sur une expérience positive lorsque tous les acteurs sont ouverts au changement et y aspirent.

 

Cet article fait partie d'une série de blogs mettant en vedette les opinions des experts de l'enseignement tertiaire du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) en ce qui concerne l'enseignement tertiaire dans leurs pays respectifs, ainsi que l'utilisation de  la carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC), un outil innovant qui permet aux universités de la région MENA de se comparer aux standards internationaux, de définir leur propre série d’objectifs et d’établir des références pour évaluer les progrès pour les atteindre. La carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC) a été développée par le programme d’enseignement tertiaire de la Banque Mondial/CMI et est appliquée par 100 universités dans la région MENA.

Kahina Amal Djiar

Mme Kahina Amal Djiar est directrice des études de troisième cycle et de la recherche à l'École polytechnique d’architecture et d’urbanisme (EPAU) d'Alger. Elle a obtenu son master en sciences (2003) et son doctorat (2007) au Royaume-Uni. Elle s’est spécialisée dans l'étude du logement et du cadre bâti au Maghreb, comme en témoignent ses nombreuses publications sur le sujet. Elle a par ailleurs organisé divers événements universitaires. Elle a coordonné ces trois dernières années plusieurs initiatives de réforme au sein de l'EPAU, en qualité de responsable de l'assurance qualité et présidente de la commission Programmes et réglementation.

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