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Les jeunes paient le prix fort des crises au Nord et au Sud de la Méditerranée

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May 23, 2016 / 0 Comments
   
Photo: Postmedia News / G. Lowson

Les deux rives de la Méditerranée sont confrontées aujourd’hui à des difficultés, du désarroi à l'impuissance, et l'extrémisme violent. Les jeunes, premières victimes de ces soucis et de l’exclusion, sont la cible préférée pour les mouvements radicaux. Dans une série de 3 articles Jacques Ould Aoudia présente les facteurs jouant en faveur de la propagation de l'extrémisme violent en région Méditerranéenne. L'auteur identifiera aussi des solutions clés pour sauver les jeunes Méditerranéens de cette menace.

Cet article est le premier dans une série de 3 articles.

 

La région méditerranéenne, sur toutes ses rives, est aujourd’hui en difficultés, entre désarroi, impuissance et violence extrême. A des degrés divers, au Nord comme au Sud, les sociétés, en ‘panne d’avenir’ sont prises de doute sur leur devenir et même sur leur identité.

 

C’est la jeunesse du Nord et du Sud qui subit le plus lourd tribut de ces inquiétudes : échec scolaire, chômage de masse, (qui est, au Sud, supérieur parmi les diplômés), décrochage citoyen, perte de sens et de valeurs, dérives vers la radicalité, et, au Sud, fuite vers l’Europe en de dangereuses traversées de la Méditerranée. Les élites politiques, sur toutes les rives de la Méditerranée, n’ont pas pris la mesure de ces défis, et laissent dans le désarroi de larges parties de cette jeunesse.

 

Au Nord, les jeunes subissent tout particulièrement les effets de la dépression, avec un chômage massif, un verrou social que ne lève plus un enseignement supérieur massifié, une perte de sens dans une Europe en grandes difficultés politique, sociale, économique et symbolique. Une Europe qui n’a pas trouvé sa place dans un monde multipolaire et voit diminuer son hégémonie sur le monde, une Europe sans vision, arqueboutée à une approche binaire, économique et répressive. Une approche qui durcit les divisions au sein des sociétés, creuse les inégalités et accentue l’exclusion sociale. Les politiques publiques en direction des jeunes en difficulté ont été réduites. A cette réduction, s’ajoute un déficit de reconnaissance de la jeunesse, mais aussi des personnes en charge de l’intervention en direction des jeunes, spécialement des jeunes des quartiers défavorisés. Parmi la jeunesse, les jeunes migrants et issus de migrants vivants en Europe cumulent les difficultés d’une intégration sociale en panne et d’une stigmatisation diffuse ou directe, cause et conséquence de la montée des partis xénophobes dans tous les pays d’Europe.

 

Au Sud, ces difficultés tiennent pour une large part au décalage entre la concentration des pouvoirs politique, économique, symbolique en très peu de mains, et la multiplication des personnes, notamment jeunes, disposant de capacités, qui aspirent à avoir une place dans la société, à agir dans leur espace, à prendre des responsabilités sur les plans politique, économique, social, culturel.

 

Depuis 60 ans, la progression du nombre de personnes disposant d’un niveau d’éducation bac+ dans le monde a connu une croissance exponentielle, notamment dans les pays du Sud, par l’effet de la vive croissance de la population totale multipliée par la très vive croissance des effectifs atteignant le niveau bac[1]. La massification de l’éducation, notamment au niveau supérieur (malgré des défaillances en qualité) a donné à une partie importante de la jeunesse des capacités à s’exprimer, à agir, à créer, à produire, à décider. Mais ces capacités, accrues dans des proportions inégalées, ne rencontrent pas d’opportunités à leur échelle. Dans le même temps, ces jeunes sont potentiellement reliées au monde entier par les moyens modernes de communication. Ils ont désormais une voix et ont les moyens de la partager.

 

Ces mouvements sont universels, et pèsent en faveur de la transformation en profondeur de la gouvernance de tous les pays, principalement au Sud : décentralisation, émergence des territoires comme espaces de réalisation sociale, culturelle, économique, citoyenne. Les pays du Sud qui ne tiendront pas compte de cette émergence des potentialités des jeunes à l’échelle locale doivent s’attendre à de graves crises politiques.

 

A des degrés et selon des modalités différents, les sociétés du Nord et du Sud sont donc pleinement concernées par cette problématique de la jeunesse.

 

Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement celles du Centre pour l’Intégration en Méditerranée. Le contenu de cet article n’engage également que l’auteur, et non ses institutions d’attache.


[1] Au Maroc par exemple, il y avait au moment de l’Indépendance 451 personnes disposant d’un niveau bac +. A cette période, en 1956, les urgences politiques du pays (construire un Etat-nation, doter le pays des infrastructures institutionnelles d’un Etat moderne...) ont conduit à concentrer sur la capitale les rares cadres formés dans un système d’enseignement moderne, autour des institutions étatiques à construire. Il y avait concordance entre la démographie des élites (très peu nombreuses) et les urgences politiques (construire un Etat). Aujourd’hui, ce sont plusieurs centaines de milliers de marocains et marocaines qui disposent de ce niveau d’instruction. Ils et elles sont répartis sur tout le territoire et demandent à s’exprimer, à prendre des responsabilités, à entreprendre, à investir, à agir au niveau local. La situation a radicalement changé, et ces mutations sont à la base des modifications dans la gouvernance du pays (décentralisation…). Mais, comme partout, les vieux réflexes centralisateurs demeurent et résistent à la prise en compte de ces mutations sociales.

Jacques OULD AOUDIA

Jacques Ould Aoudia est chercheur en économie politique du développement.

Activité professionnelle: Jusqu’en 2011 : Économiste à la Direction Générale du Trésor (Ministère de l’Economie, France): analyse des fondements institutionnels et de l’économie politique du développement, notamment dans le monde arabe. Chercheur associé à l’Institut Royal des Etudes Stratégiques (IRES, Maroc).

A titre bénévole: Président de l’association « Migrations & Développement » créée en France par des migrants marocains en 1986. Site web de l’association : http://www.migdev.org/   

Auteur de plusieurs publications:   desquelles: Captation ou création de richesse? Une convergence inattendue entre Nord et Sud, Gallimard, Le Débat n°178, Janvier-Février, 2014 ; Des migrants marocains acteurs du développement, (avec Yves Bourron), Hommes & Migrations No.1303, Juillet-Septembre, 2013.

Site web de l’auteur: http://www.jacques-ould-aoudia.net/

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