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Les enjeux éthiques de la gouvernance universitaire

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May 25, 2016 / 0 Comments
   

Les universités Algériennes semblent avoir trouvé dans la notion de gouvernance une vision, une démarche et une méthodologie ayant pour fin de les soutenir dans l’amélioration graduelle de leurs pratiques de gestion. Il est vrai qu’une institution universitaire qui cherche à atteindre l’excellence doit obligatoirement s’imposer une ligne de conduite, des normes, mais aussi un état d’esprit pour son évolution. Les dysfonctionnements relevés lors de la dernière conférence nationale d’évaluation du dispositif License, Mastère, Doctorat (LMD) (12-13 janvier 2016), n’étaient pas que d’ordre managérial. Ainsi, c’est parfois la dimension éthique de la gouvernance (transparence, responsabilité, évitement des conflits d’intérêt, et prise de décision juste…) qui a constitué un des déficits les plus récurrents malgré la mise en œuvre de dispositifs de pilotage, de règles et de protocoles de bonne gouvernance et d’amélioration continue. Cependant, cette conduite est apparue plus comme l’application de recettes et moins comme l’inculcation d’attitudes, de croyances et de valeurs plus en congruence avec une démarche managériale où qualité et efficience doivent être mises en exergue.

 

Cependant, la gouvernance comprise comme « la manière qu’ont les universités, et les systèmes d’Enseignement Supérieur plus généralement, de définir leurs objectifs, de les mettre en œuvre, de gérer leurs institutions et d’effectuer le suivi des résultats » (Banque Mondiale Juin, 2012, Rapport sur la gouvernance des universités en Algérie) ne peut suffire sans que soit associé un certain nombre de principes d’essence éthique pour repositionner l’université au sein de sa société, elle qui a perdu de son aura auprès des citoyens. En ce sens, M. Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’UNESCO reconnaît lors de la conférence mondiale sur l’enseignement supérieur de 2009 des «responsabilités éthiques et stratégiques qui incombent à l’enseignement supérieur dans la société mondiale actuelle » (Matsuura M, 2009 : 1) d’autant que l’université devrait faire appel à des mécanismes décisionnels invitant à plus de coopération et de négociation induisant des modalités de régulation publique plus consensuelles.

 

Faut-il alors repenser la gouvernance, sa portée et son impact ? Oui si les parties prenantes n’en ont qu’une vision étriquée ou une approche instrumentaliste, ne retenant de la gouvernance que l’application pure et simple de procédés et autres processus comme un ‘mode d’emploi’ plus ou moins séant. Si par contre, la gouvernance universitaire est plus qu’une simple technicité, il faudra alors la reconsidérer comme un tout complexe nécessitant aussi le filtrage des actions que l’université développe par une éthicité plus prégnante pour ne pas se contenter de l’adoption sans remise en question de principes généralement exogènes.

 

L’objectif ultime de cette gouvernance devra être l’émergence du citoyen du 21ème siècle certes féru de technologie, armé de savoirs et de compétences, mais aussi pétri de valeurs et enclin à la tolérance. Et ce, même si l’école n’a pas complètement réussi son processus d’enculturation, car freinée chaque année par la gestion de cohortes d’étudiants de plus en plus importantes et de l’action pédagogique fragmentaire des formateurs dont les résultats sont en-deçà des attentes de la société. Ainsi donc, la bonne gouvernance qui induit nécessairement l’emploi de codes de conduite confortant les aspects interactionnels et transactionnels au sein de l’entité universitaire (éthiques d’administration et gouvernance), n’est pas qu’une question d’implémentation de mécanismes de régulation, mais aussi de construction et de renforcement de la cohérence de l’ensemble. Ainsi, gérer l’altérité, les autres parties prenantes, impose une éthique dans l’organisation et la gestion de l’entité universitaire en question. La bonne gouvernance c’est d’abord une politique universitaire faite de prospectives et d’anticipations pour penser et préparer demain : prédisposition des parties prenantes à se projeter dans le futur, et accroissement de leur adaptabilité aux bouleversements dans le monde. La bonne gouvernance est stratégie dans le sens où elle évite de se fourvoyer dans les faux problèmes pour proposer des alternatives dans tous les domaines et éviter le routinier ‘copier-coller’ employé dans les formations tubulaires de l’ancien régime, reprises parfois en l’état dans certaines offres de formation LMD. Ainsi, efficacité rime nécessairement avec valeurs éthiques et morales, et reddition de comptes.

 

La communauté universitaire ne peut progresser (en innovation, recherche, ou pédagogie) sans porter en elle-même les valeurs qui devraient la caractériser. Il ne s’agit pas pour elle de verser dans un ‘managérialisme’ sans visage humain. L’éthique de et dans la gouvernance est bien cet ensemble de valeurs et de vertus (loyauté, justice, confidentialité, tolérance, transparence et équité) avec lesquelles une gouvernance citoyenne serait plus efficace et efficiente. Elle n’est pas simple ornement ou mode pour construire une université à même de faire face aux défis de demain. Seule une gouvernance partagée permettra des processus décisionnels à fort contenu éthique. L’éthique de la gouvernance réalise un équilibre entre les visions et les intérêts opposés des différentes parties pour permettre à l’université d’assumer pleinement son rôle d’animatrice et de régulatrice.

 

Cet article fait partie d'une série de blogs mettant en vedette les opinions des experts de l'enseignement tertiaire du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) en ce qui concerne l'enseignement tertiaire dans leurs pays respectifs, ainsi que l'utilisation de la carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC), un outil innovant qui permet aux universités de la région MENA de se comparer aux standards internationaux, de définir leur propre série d’objectifs et d’établir des références pour évaluer les progrès pour les atteindre. La carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC) a été développée par le programme d’enseignement tertiaire de la Banque Mondial/CMI et est appliquée par 100 universités dans la région MENA. 

Mohamed Miliani

Professeur en didactique des langues étrangères (Ph.D), diplôme en sciences de l’éducation (M.Ed). Vice-président de la Commission nationale d'évaluation des établissements (enseignement supérieur) ; Responsable Assurance Qualité (Université d’Oran2) ; Membre du comité scientifique de l’institut national de recherche en éducation (Ministère de l’éducation nationale), et membre de la commission d’homologation des manuels. Ses recherches portent aussi sur l’implémentation de l’assurance qualité dans l’enseignement supérieur. Chef du projet de recherche : éthique professionnelle et pratiques enseignantes au Centre de Recherche en Anthropologie sociale et Culturelle. Son projet sur le court-terme : introduire un module transversal sur l’éthique enseignante pour les futurs enseignants.

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