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La pratique du vélo en Egypte et en France

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Mar 28, 2017 / 0 Comments
 

Si la pratique du vélo, dans un cadre utilitaire et quotidien, a augmenté en Égypte au cours de la dernière décennie, ses adeptes représentent à peine 5 % de la population, les 95 % restants s’en remettant toujours aux voitures particulières et aux transports publics. Dans d’autres pays, comme les Pays-Bas, c’est plus de 30 % de la population qui enfourche son vélo au quotidien. Pourquoi les Égyptiens restent-ils en queue de peloton ?

Dans cet article, qui compare la pratique du vélo en France et en Égypte, nous tenterons d’analyser les différents freins à la progression de ce mode de transport en Égypte.

 

Le statut social du vélo

 

En France, le vélo est considéré comme un moyen de transport depuis plusieurs décennies et l’industrie française du cycle comptait parmi les plus importantes du monde. Pour les Égyptiens, le vélo est réservé aux milieux sociaux défavorisés et ne peut convenir qu’aux travailleurs peu qualifiés, comme les gardiens d’immeubles ou les livreurs de plats cuisinés. À la campagne, c’est différent, les enseignants et les salariés du secteur public prennent leur vélo chaque jour : les trajets sont courts et les transports publics inexistants. De nombreuses célébrités et personnalités politiques égyptiennes, à l’instar du président Abdel Fattah al-Sissi, se sont récemment mis à la bicyclette pour convaincre le pays que la pratique du vélo doit transcender les classes sociales.

 

Pistes cyclables et qualité de la voirie

 

Les pistes cyclables garantissent une sécurité et une liberté plus grandes aux cyclistes et incitent à la pratique du vélo. En France et dans de nombreux pays européens, toutes les rues des villes en sont presque systématiquement dotées. À Strasbourg, les itinéraires cyclables ne longent pas les axes routiers, afin d’en souligner le caractère privatif et d’améliorer la sécurité. En Égypte, les pistes cyclables n’existent qu’à l’état expérimental dans quelques villes (Shibin El Kom dans le gouvernorat de Menufeya et Médinet el-Fayoum) et complexes privés. Elles n’ont pas encore fait leur apparition dans les grandes villes ; les autorités affirment que dans de grandes agglomérations, comme Alexandrie et Le Caire, les cyclistes ne sont pas assez nombreux pour justifier cet aménagement. Si le vélo était plus largement adopté pour se rendre au travail, les pouvoirs publics pourraient envisager plus sérieusement cet équipement. D’un autre côté, c’est en construisant des pistes cyclables que l’on pourrait promouvoir le vélo en ville et encourager les Égyptiens à se mettre en selle (c’est l’éternelle question de la poule et de l’œuf). Mieux sensibiliser la population à cette pratique et inciter les cyclistes et les automobilistes à un respect mutuel, pour la sécurité de tous, pourraient accroître l’usage du vélo dans les grandes villes.

 

Réglementation et intégration dans les réseaux de transport public

 

En France, les cyclistes sont tenus de respecter le Code de la route, d’avoir des freins en bon état, à l’avant comme à l’arrière, et d’installer des catadioptres (blanc à l’avant et rouge à l’arrière). Chez les enfants de moins de 12 ans, le port du casque est obligatoire. En Égypte, aucun texte ne régit l’usage du vélo. Par ailleurs, il peut être nécessaire, quand les distances à parcourir sont longues, de transporter sa bicyclette dans les transports publics. En France, les régies de transport sont soumises à des réglementations diverses : si la plupart des bus interdisent de voyager avec son vélo, de nombreux trains régionaux disposent d’un espace dédié ; les bicyclettes peuvent également être autorisées à bord de certaines lignes de tramway, en dehors des heures de pointe. En Égypte, les régies de transport restreignent toutes le transport de vélos, ce qui complique les choses pour de nombreux usagers, qui ne peuvent pas profiter de transferts modaux pour leurs trajets longue distance.

 

Prix d’un bon vélo et systèmes de location

 

Pour un vélo neuf et de bonne qualité, il faut généralement compter 300 à 400 euros. En France, 300 euros, c’est un quart du salaire mensuel moyen. En Égypte, cette somme équivaut à trois voire quatre mois de salaire moyen, ce qui contraint de nombreuses personnes à renoncer à un tel achat. En France, il existe toutefois un marché d’occasion important : à partir de 50 euros, on peut s’offrir un vélo.

On trouve également de nombreuses structures, privées ou municipales, qui proposent différentes formules de location. À Paris, la plateforme officielle de location de vélos s’appelle Vélib’. Géré par JCDecaux, ce système de location en libre-service compte 1 800 stations et un parc de 15 000 bicyclettes environ. Les usagers peuvent prendre un vélo dans une station et le déposer dans une autre, partout en ville. La durée moyenne d’une location varie entre 15 et 60 minutes. Strasbourg a lancé Vélhop, un service de location de vélos partagés, qui fonctionne avec près de 5 000 bicyclettes, vingt stations automatisées pour les locations courte durée (entre une heure et un jour) et cinq boutiques réparties dans la ville. À la différence de Paris, ce système offre des locations longue durée (un à douze mois). Ces systèmes entraînent des coûts très variables : entre 2 100 et 4 000 euros par vélo et par an, pour un système de type Vélib’, selon la ville et le nombre d’usagers, alors qu’à Strasbourg le système de location longue durée coûte à la municipalité entre 300 et 800 euros par vélo et par an.

En Égypte, la location de vélos est quasi exclusivement réservée aux loisirs (tourisme ou agrément) : on loue un vélo dans une boutique pour une période limitée de temps. À Alexandrie et au Caire, les sorties en groupes du vendredi se sont popularisées : on achète un ticket qui donne droit à un vélo fourni au point de départ et repris à l’arrivée. L’initiative Cycle Egypt a procédé au lancement d’un service de location au mois, avec des formules d’abonnement qui varient de deux à 20 euros. Ce système exige des sponsors qu’ils renouvellent constamment leur soutien afin que les utilisateurs bénéficient de vélos de qualité au prix le plus bas possible. Cependant, depuis la dévaluation de la livre égyptienne, les entreprises ont été nombreuses à suspendre leur participation.

 

Plan d’action pour promouvoir le vélo en Égypte

 

L’Égypte doit développer un plus grand sens civique chez les cyclistes et les automobilistes, afin que la chaussée devienne un espace sécurisé pour tous. Les autorités devraient réfléchir à l’aménagement d’axes cyclables et légiférer sur les droits et les devoirs des cyclistes. Les évolutions ont été nombreuses ces huit dernières années, mais il faut redoubler d’efforts pour populariser le vélo, en impliquant à la fois les revendeurs et les mécaniciens, mais aussi les agents administratifs et les responsables publics concernés.

 

 

Ahmed El Heity

Ahmed El Heity est un entrepreneur égyptien qui a choisi de se consacrer au développement du vélo comme mode de transport en Égypte. Il a commencé à travailler dans le secteur du cyclisme après avoir obtenu son diplôme d’études secondaires. Six ans plus tard, il est entré à la faculté d’ingénierie, dans laquelle il n’a passé que deux ans, préférant consacrer davantage de temps à ses activités autour du vélo. Il prévoit d’ailleurs de développer celles-ci par le biais de projets de coopération internationale. Titulaire d’une licence de pilote privé, M. El Heity fait également figure de pionnier dans le domaine des sports aériens en Égypte. Il a été choisi pour faire partie du conseil d’administration de l’aéroclub d’Alexandrie, et a représenté le ministre égyptien de l’Aviation civile lors de plusieurs événements et salons en lien avec les sports aériens.

 

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