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La « soupe à l’alphabet » du financement climatique : ESC, CMPC et CCNUCC

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Oct 06, 2017 / 0 Comments
   

Une grande partie du réchauffement climatique est causée par les pays développés, mais le combattre appartient maintenant autant aux pays développés qu’aux pays en développement.  Cette iniquité fondamentale, de même que la façon d’en venir à bout, au cœur de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Il en va de même pour tous les accords sur les changements climatiques conséquents, comme bien sûr l’Accord de Paris signé en 2015 et l’Accord de Marrakech signé en 2016.

 

Dans ces différents accords, les pays développés consentent à accorder une aide financière considérable — et subventionnée — aux projets d’atténuation du changement climatique des pays en voie de développement qui décideraient de devenir pionniers et champions de la lutte contre le changement climatique, qu’il s’agisse de projets en lien avec les énergies renouvelables, au transport ou à tout autre secteur. C’est dans ce contexte qu’ont été lancés en 2008, les Fonds d’Investissements Climatiques (FIC), ainsi que leurs composantes spécialisées sur l’atténuation des changements climatiques comme le Fonds pour les Technologies Propres (FTP) et le Programme de valorisation à grande échelle des énergies renouvelables (SREP). Les FICs ont été les précurseurs du bien plus important Fond Vert pur le Climat, (FVC) lancé en 2015. À ce jour, le FVC a récolté plus de 10 milliards de dollars en contributions. Il permet de débloquer prêts et bourses hautement subventionnés pour des projets pour le secteur public comme pour le secteur privé. Le secteur privé et public se doivent tous deux d’être mieux informés sur la manière dont ces prêts fonctionnent et comment y accéder.

 

 

L’un des grands principes d’investissement derrière un tel financement est de garantir l’efficacité et la rentabilité de chaque dollar investi. C’est pourquoi les projets doivent être transformationnels. Il ne doit pas s’agir de maintenir le statu quo : le projet doit clairement démontrer  son efficacité et sa capacité à être reproduit  ailleurs. Un phénomène bien connu dans le monde du développement technologique est l’incapacité des technologies à franchir « la Vallée de la Mort ». En d’autres termes,  une situation où la demande pour une technologie émergeante est trop basse parce que  ses coûts sont trop élevés, et ses coûts sont trop élevés parce que la demande est trop basse. La demande, et donc la production, ne sont pas encore assez élevées pour créer une économie d’échelle des procédés de fabrication et de la chaine logistique de la technologie.

 

Les technologies en énergies renouvelables ont d’ailleurs déjà fait face à la Vallée de la Mort. Pour certaines d’entre elles, la demande a été suffisamment stimulée par les mesures d’incitation (ex. forts tarifs de rachat et aides à l’investissement). Deux bons exemples : l’énergie solaire photovoltaïque et l’énergie éolienne, qui furent de réelles technologies transformationnelles pour le secteur énergétique. L’ aide au financement et les autres mesures incitatives ont permis à l’industrie photovoltaïque et éolienne d’atteindre un niveau qui leur permet désormais de se passer des mesures incitatives. Elles ont depuis franchi la Vallée de la Mort et sont désormais bien au-delà.

 

Cependant,  une transformation révolutionnaire du secteur énergétique qui est encore loin d’être achevée est celle qui procurera un accès fiable et continu à l’énergie propre 24 heures sur 24 et 7jours  sur7, et ce tout au long de l’année. C’est ainsi que la production d’électricité à combustible fossile pourra enfin être remplacée. Bien qu’elles soient désormais des alternatives à bas prix lorsqu’elles sont disponibles, le photovoltaïque ne fonctionne que lorsque le soleil brille et l’éolien, seulement lorsqu’il vente suffisamment. Ces énergies se doivent d’être relayées par des technologies propres stockées et utilisées lorsque que le soleil et le vent font défaut.

 

 

L’une des options de stockage consiste à générer de la chaleur par le soleil, la conserver, et l’utiliser pour générer de l’électricité. C’est ce que fait très efficacement l’énergie solaire thermique — ou  l’énergie solaire concentrée (ESC). L’ESC peut procurer de l’électricité propre 24 heures par jour à l’année longue  grâce au stockage thermal par accumulation (p. ex. la conservation de la chaleur dans une solution saline). Le prix d’ESC baisse  à mesure que son utilisation se répandr, mais — avec seulement 5000 MW d’ESC en production dans le monde — cette technologie n’est pas encore sortie de la Vallée de la Mort. D’autres mesures incitatives sont encore nécessaires pour faire grimper la demande et atteindre une économie d’échelle suffisante à la construction de l’équipement.

 

 

S’il y a une région du monde où l’ESC est particulièrement efficace, c’est dans  la vaste ’étendue sèche, sans nuages et désertique de l’Afrique du Nord et Moyen-Orient (MENA). En effet, il s’agit d’une région où tout financement mondial pourrait rapidement faire grimper l’utilisation de la technologie ESC. C’est pourquoi le FTP s’est doté en 2009 d’un plan d’investissement ESC de 5,6 milliards de dollars à destination de la région MENA. Ce plan a donné naissance à la centrale Noor CSP 5000 MW au Maroc (un bon de 10 % de capacité mondiale de l’ESC).
Les fonds subsidiaires du FTP ont encouragé d’autres financements concessionnels et non-concessionnels émanant de sources privées et publiques qui ont permis un coût moyen pondéré du capital (CMPC) de 4 % sur ce genre de projets. Un CMPC aussi bas que 4 % aurait été impossible à réaliser autrement. En effet, l’augmentation de l’ESC dans la région ensoleillée du MENA aurait été bien plus lente sans l’aide du FTP. L’ESC serait autrement resté beaucoup plus longtemps du mauvais côté de la Vallée de la Mort.

 

 

Les prix les plus récents de l’ESC à Dubai, en Australie et au Chili, ainsi que l’augmentation de l’ESC en Chine, suggèrent que la réelle compétitivité de l’ESC n’est plus très loin, mais qu’il reste encore du chemin à parcourir. Heureusement, les possibilités de financement concessionnels pour l’atténuation du changement climatique dans la région MENA sont encore importantes. De nombreux fonds du FTP ou du SREP, et dans une plus large mesure au FVC, ont très peu servi en région MENA, et en aucun cas dans le cadre du stockage de l’énergie ou de l’ESC.

 

Le FVC est ce qu’il pourrait arriver de meilleur à l’ESC et au stockage de l’énergie dans la région MENA. Par exemple, la Jordanie, l’Égypte, la Tunisie, le Maroc, l’Algérie, la Libye et le Liban pourraient proposer des projets ESC au FVC et bénéficier d’un CMPC comparable à celui de la centrale de Noor. De nombreuses institutions agréées par le FVC et actives dans la région MENA pourraient soutenir de tels projets, par exemple l’AFD, le kfW, le FMO, le JICA, l’EBRD, l’AfDB, la World Bank ou le IFC.

Qui sera le premier à apporter des CMPC à faible coût du FVC dans la région afin d’augmenter la production d’ESC dans la région et ailleurs ? Les gouvernements, les services publics et le secteur privé n’ont peut-être qu’à demander…

 

 

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