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L’enseignement supérieur dans la région MENA : tirer parti du travail des autres, c’est une question de bon sens

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May 26, 2016 / 0 Comments
   

Ces vingt dernières années, le paysage de l’enseignement supérieur dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) a connu des évolutions remarquables. On a assisté à l’augmentation du nombre des établissements et des effectifs étudiants ainsi qu’à l’instauration d’instances et de mesures réglementaires, mais aussi à l’apparition de difficultés majeures liées à la mondialisation, l’internationalisation et l’exacerbation de la concurrence.

 

Ces défis naissants ont donné lieu à un certain nombre d’actions d’ordre national, régional ou international, qui ont tous portés sur « la qualité » et ses corollaires : « assurance qualité », « accréditation », etc. Cet intérêt généralisé pour l’assurance qualité et la nécessité d’assimiler les principes et les pratiques qui en relèvent ont débouché sur des discussions, des initiatives et, dans certains cas, sur la création de réseaux.

 

À cet égard, beaucoup de pays ont mis en place des organismes d’assurance qualité au niveau national, pour la plupart tournés vers l’accréditation et privés d’autonomie. Malheureusement, en dépit des efforts déployés par l’Association des universités arabes et d’autres acteurs, aucune initiative ou association d’assurance qualité sérieuse n’a vu le jour au niveau régional. Le Réseau arabe pour l’assurance qualité dans l’enseignement supérieur (ANQAHE) est aujourd’hui le projet le plus abouti : il s’agit d’un réseau d’organismes d’assurance qualité qui a pour ambition d’instaurer des mécanismes de coopération. Même les efforts menés à l’échelle internationale par des acteurs mondiaux, comme le Groupe de la Banque mondiale, l’UNESCO, le PNUD, l’OCDE et l’Association du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord en Recherche Institutionnelle (AMONARI), pour ne citer qu’eux, ont échoué à jeter les bases d’un cadre d’action régional fondé sur la collaboration, pour la promotion et le maintien de la qualité dans l’enseignement supérieur au sein de la région MENA et du monde arabe.

 

C’est dans ce contexte que s’inscrivent les travaux entrepris récemment par la Banque mondiale et le Centre pour l’intégration en Méditerranée dans le domaine des évaluations comparatives. Il s’agit ici de faire de la gouvernance universitaire un cadre de référence qui permette d’effectuer des analyses approfondies à l’échelle des établissements et des pays, mais aussi de se positionner par rapport à d’autres pays de la région. Près de 100 universités ont pris part en 2012 à une première enquête, avant que ne soit lancé un deuxième questionnaire en 2015-16. Les pays concernés ont pu faire part de leur expérience dans le cadre de rendez-vous divers : réunions annuelles, téléconférences, séminaires… Ce projet a contribué à créer une base de données importante, identifier des modèles de performance et confirmer l’utilité des analyses comparatives à des fins de concertation.

 

C’est précisément ce qui fait défaut à la région et ce dont elle a besoin : une évaluation comparative systématique et plus efficace, qui s’appuie sur le travail des autres.

 

En dépit des différences, il existe de nombreuses similarités au sein de la région MENA, qui tiennent à la culture, à la langue et à la nature des défis à relever. L’expérience des uns peut s’avérer très utile aux autres, voire être plus pertinente que celle d’autres régions du monde. Repérer ce qui se fait de bien dans la région, s’en inspirer, évaluer nos performances par rapport à des établissements au profil comparable et fonder une communauté d’apprentissage collaborative en ligne, voilà autant d’approches du benchmarking qui sont propices à l’établissement d’une culture de la qualité fondée sur l’encouragement, les bonnes pratiques, l’esprit d’ouverture et la transparence.

 

Cette évaluation comparative est aussi un instrument de gestion interne qui accroît la qualité des établissements en leur fournissant des informations ciblées pour des prises de décisions stratégiques sur la base des performances d’établissements partenaires. Cet exercice peut s’effectuer au sein d’un groupe de pairs, de gré à gré, ou à l’aune d’une base de données. L’apprentissage inter-organisationnel s’en retrouve ainsi conforté et cette méthode allie les vertus de la coopération à celles de l’émulation.

 

Outre le projet mentionné précédemment, il existe un petit nombre d’autres initiatives d’analyse comparative dans la région MENA, comme celle menée par cinq universités américaines : l’Université américaine de Beyrouth et l’Université américaine du Liban, l’Université américaine du Caire en Égypte et les universités américaines de Sharjah et de Dubaï aux Émirats arabes unis. Les données mises en commun et comparées ont concerné les salaires et les effectifs du personnel enseignant, les inscriptions, les budgets, l’accréditation et les classements. Cependant, ce premier travail n’a guère été suivi, notamment au regard de l’utilisation faite de ces informations pour éclairer des prises de décisions ou instaurer des objectifs.

 

Certains affirment que les organismes de classement universitaire fournissent déjà ces analyses et les informations qui en découlent : inutile, donc, que les établissements d’enseignement supérieur effectuent ce travail de leur côté, alors que plusieurs de ces organismes (QS, US News, Times Higher Education…) ont publié des tableaux de classement pour la région ces dernières années. Je m’oppose vivement à ce point de vue : la finalité, les instruments et l’utilisation des évaluations comparatives et des classements sont parfaitement différents.

 

Les classements établis par des organismes extérieurs ne reconnaissent pas la diversité des établissements, se basent sur un modèle uniforme, comparent ce qui ne peut être comparé, favorisent la concurrence et agissent principalement sur la réputation d’un établissement. De leur côté, les analyses comparatives émanent de la volonté des universités, reconnaissent ainsi la diversité de l’enseignement supérieur, comparent des établissements au profil similaire, favorisent à la fois l’émulation et la coopération et sont perçues comme un instrument de gouvernance interne utile. Mon intention n’est pas de déprécier les classements, mais de rappeler que ceux-ci doivent être considérés pour ce qu’ils sont et qu’ils ne doivent pas nous exonérer d’entreprendre des évaluations comparatives qui ont le mérite de favoriser l’efficacité au sein de chaque établissement et de l’ensemble du monde universitaire.

 

Ces analyses, simples et souples, permettent de tirer parti du travail effectué par d’autres. C’est d’ailleurs ce qui explique leur bien-fondé.

 

Cet article fait partie d'une série de blogs mettant en vedette les opinions des experts de l'enseignement tertiaire du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) en ce qui concerne l'enseignement tertiaire dans leurs pays respectifs, ainsi que l'utilisation de la carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC), un outil innovant qui permet aux universités de la région MENA de se comparer aux standards internationaux, de définir leur propre série d’objectifs et d’établir des références pour évaluer les progrès pour les atteindre. La carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC) a été développée par le programme d’enseignement tertiaire de la Banque Mondial/CMI et est appliquée par 100 universités dans la région MENA. 

Karma El Hassan

Maître de conférences en psychologie scolaire à l’Université américaine de Beyrouth (Liban) et directrice du Bureau pour l’évaluation et la recherche institutionnelle (OIRA) de l’Université, Karma El Hassan a amassé une vaste expérience dans l’enseignement supérieur, la formation et le travail de recherche dans sa spécialisation. Elle a réalisé et encadré des travaux de recherche dans l’élaboration et l’adaptation, la validation et l’utilisation des tests.

 

Ses fonctions de directrice de l’OIRA l’amènent à s’impliquer dans l’évaluation des établissements d’enseignement supérieur, le développement de plans d’évaluation annuels et les processus d’accréditation, de programmation et d’examen par les pairs. Elle a pris part à des conférences locales, régionales et internationales sur les méthodes d’évaluation moderne, l’évaluation dans l’enseignement supérieur, le critère de qualité, les conditions de réussite chez les étudiants, la qualité de vie des étudiants et les politiques linguistiques. Elle a publié dans des revues internationales et régionales et des ouvrages spécialisés. Membre d’organisations locales, régionales et internationales impliquées dans la recherche, l’évaluation et la qualité dans l’éducation, elle siège au Comité de planification stratégique pour l’éducation de base et participe au groupe de travail national pour la gouvernance dans l’enseignement supérieur libanais. Consultante pour l’UNESCO depuis 2007, elle a préparé plusieurs rapports nationaux et régionaux et mené des travaux d’évaluation à ce titre.

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