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L’Accord de Paris lors de la COP21 règle-t-il l’injustice climatique ?

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Feb 26, 2016 / 0 Comments
   

Aujourd’hui, le changement climatique ne fait plus aucun doute. Si le Nord est objectivement responsable, ce sont surtout les pays du Sud qui en subissent les conséquences.         La COP21 a-t-elle réduit ce déséquilibre ?

           

Rappel historique des négociations climatiques jusqu’à la COP21

 

En 1992 la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique prend en charge ce défi global en agissant au nom de trois principes : le principe de précaution, celui du droit au développement et le principe des responsabilités communes mais différenciées selon les capacités de chacun. S’en suit en 1997 le premier accord international sur l’atténuation des gaz à effet de serre (GES) dit protocole de Kyoto. 36 pays développés décident de réduire leurs émissions mais la mise en œuvre ne démarre qu’en 2005. Elle est insuffisante même si les Parties prenantes ont rempli leurs obligations. Le protocole est prolongé à Doha fin 2012 mais l’absence des USA et les divergences entre pays développés et pays émergents paralysent le mécanisme. Vu l’urgence climatique il faut relancer la dynamique internationale.

 

On demande alors aux Parties, y compris aux pays du Sud, d’élaborer un document national de contribution (INDC) en vue de la COP 21. En effet les organisateurs de la Conférence cherchent un accord mondial basé sur trois points clés : a) fixer une limite haute de la température globale, b) adopter des engagements chiffrés de réductions d’émissions à l’horizon 2030, c) adopter des mécanismes de financement, de renforcement des capacités et de transfert technologique pour permettre l’adaptation. Cette communication nationale est un effort important et délicat notamment pour les pays du Sud. Elle comprend cinq axes d’analyse : examen des circonstances nationales, atténuation possible des émissions, adaptation liée à la vulnérabilité du pays, évaluation des besoins et du transfert technologique. Les engagements chiffrés d’atténuation se font enfin selon trois scénarios : tendanciel si aucune réduction des GES n’est entreprise, volontariste qui reflète la contribution nationale et un scénario conditionnel qui dépend de l’aide extérieure.

 

Pourquoi les pays du Sud sont insatisfaits ?

 

Une nouvelle fois la conférence de Paris n’est que le reflet du monde actuel, basé sur la globalisation économique et la loi du marché au bénéfice exclusif des pays riches. Ainsi, la question d’adaptation, qui intéresse les pays du Sud, n’est pas réglée. En effet on a fragmenté les mécanismes d’adaptation en trois volets : un pour l’adaptation préventive, un autre pour les pertes et dommages liés aux phénomènes climatiques extrêmes et un troisième pour le renforcement des capacités. Cette grande confusion permet aux pays développés d’agir selon leurs propres intérêts. Les promesses financières n’étant pas au rendez-vous, les pays du Sud sont réticents à s’engager dans l’atténuation de leurs émissions, malgré leur communication nationale.

 

Certes il y a eu accord mais de nombreux points négatifs demeurent

 

On doit reconnaitre les points positifs de la conférence : 1) d’abord on a utilement rappelé les objectifs initiaux de la Convention et l’urgence climatique 2) on a mis en place les méthodes pratiques, au niveau mondial, pour aboutir aux obligations contraignantes 3) enfin on a fixé un objectif de 2°C (voire 1.5 C).

Les points négatifs restent nombreux 1) un sentiment d’abandon des pays du Sud à leur problème d’adaptation 2) les mécanismes de financement et de transfert technologique sont reportés après 2020 3) il n’y a aucune contrainte liée au respect des engagements pris.

 

LAccord est finalement un consensus entre les pays gros émetteurs de GES (développés et émergents) et repose essentiellement sur le volet atténuation. On a en outre fixé des délais peu réalistes : ainsi la prochaine évaluation du bilan des émissions se fera en 2025, ce qui rend presque impossible la mise en place d’obligations aux Parties avant cette date. La neutralité du bilan des GES est reportée au cours de la deuxième moitié du siècle.

Avec les engagements communiqués à la COP21 on est sur la trajectoire des 3°C, on voit mal comment la situation pourrait s’inverser avec cet Accord.

 

En conclusion : une forte mobilisation citoyenne est nécessaire

 

La COP21 a certes servi à rappeler les objectifs fixés par Rio, en fixant les dates et les conditions pour leur mise en œuvre. Mais en recherchant le consensus entre tous les Etats, l’Accord ne règle pas l’injustice climatique. Un accord futur n’aura lieu que si certaines grandes puissances changent d’attitude. Le citoyen du monde doit prendre conscience du risque climatique et s’organiser pour défendre l’avenir des générations futures. Pour ce faire, on a besoin d’une nouvelle vision du monde et d’une nouvelle humanité.

Professor Mahi TABET-AOUL

Professeur Mahi TABET-AOUL, expert climat-environnement, ancien directeur de l'Institut Hydrométéorologique de Formation et de Recherches d’Oran, membre du conseil scientifique et technique de l’ANCC (Agence Nationale du Changement Climatique) en Algérie et du groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (IPCC/GIEC).

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