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Comment changer pour réussir les réformes de l’enseignement supérieur algérien ?

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May 26, 2016 / 0 Comments
   

Dans le secteur de l’enseignement supérieur Algérien, la réforme ; License, Mastère, Doctorat (LMD), qui s’inscrit dans la mondialisation actuelle, suppose une vision nouvelle en ce qui concerne le pilotage, la gouvernance et la régulation des institutions concernées. En effet, la diversification de l’offre de formation induite, en donnant plus d’autonomie pédagogique aux universités algériennes, suscite le besoin d’une mise en œuvre, dès sa gestation, d’outils et de standards de la qualité, pour la garantir et la perpétuer. Le LMD a ainsi cristallisé d’un coup un projet qui, tout en étant un vœu pieu, restait auparavant flou.

 

En cohérence avec ce dessein, et malgré une massification estudiantine de plus en plus prégnante, l’amélioration de la qualité est une préoccupation continuelle pour les responsables de la gestion des établissements d’enseignement supérieur algériens. Celle-ci, nonobstant toutes les bonnes volontés, n’est pas simple à mettre en œuvre, car l’université est un système complexe, conjuguant des faits, des acteurs et des objets ; elle est aussi animée de différentes combinaisons de processus qui, obéissent à des règles déterministes, manifestent une extrême sensibilité et sont impactés par le hasard. Et cerise sur le gâteau, les résistances au changement, renforcés par une culture conformiste et dirigiste, ne facilitent pas la mise en œuvre d’un référentiel dans le domaine de la gouvernance.

 

Ainsi, les directions des établissements universitaires Algériens doivent s’engager, par la pensée et par l’action, à mettre en œuvre un système de management de la qualité, dans lequel la gouvernance sera le processus de pilotage des institutions. Conscientes des mutations actuelles, des changements permanents et des enjeux à venir, celles-ci doivent se donner pour objectifs, en adéquation avec leur futur projet d’établissement, de mettre en œuvre la politique, les procédures et les exigences nécessaires qui leurs permettraient la maitrise de leurs activités en vue d’améliorer continuellement leur efficacité, leurs performances, leur rigueur dans la gestion, leurs méthodes de travail, ainsi que les processus au cœur des métiers (enseignement, recherche).

 

Pour cela, les instruments au service de la mise en œuvre des priorités et de la stratégie se déclineront à partir de la démarche qualité qui sera mise en place progressivement et d’une manière participative, puisque l’implication du personnel portée par un engagement fort de la direction, sont les garants de la réussite.

 

Et ceci nous amène à la question vitale : comment faire pour passer d’un système centralisé dirigiste à une gouvernance moderne, transparente et participative ? Seule une approche centrée sur le changement de culture permettra, une fois intégrée et digérée, d’améliorer la capacité de l’encadrement à mener les réformes.

 

Parce qu’on oublie trop souvent que, s’il y a contradiction entre la stratégie et la culture, c’est la culture qui l’emportera.

 

D’ailleurs, en 1972, Bertrand de Jouvenel a très bien traduit l’impuissance des dirigeants face à la culture. « Plus les croyances d’une société sont stables, plus les comportements sont prédéterminés, moins le pouvoir est libre dans son action. Il peut paraitre absolu quand on le voit exercer le rôle que les mœurs lui réservent ; mais, on le découvre infiniment faible s’il veut aller contre la puissance des usages… ».

 

Sauf que, diriger c’est fonder ou changer de culture ; et c’est sur cette piste que nous allons présenter les soubassements nécessaires au changement de culture, nécessaires à la mise en œuvre d’un système de management de la qualité dans les universités algériennes. Bien sûr, cette démarche ne pourra réussir que si le management privilégie les individus et les processus créateurs de changement, et plus particulièrement la capacité de l’encadrement à conduire les réformes.

 

Comment se fera alors l’acculturation des hommes, nécessaires à l’altération des résistances au changement et à la mise en œuvre des différents projets et réformes ? Henri Janne dans « Le système social » en 1976 a identifié 7 leviers pour impulser un changement de culture dans une organisation, à savoir :

  • Le langage
  • L’éducation/La formation
  • La communication/La propagande
  • Les prédictions créatrices et accélératrices
  • L’attente normative
  • La mode
  • Les exemples et les modèles culturels

 

Puisque l’environnement impose aux universités d’être de plus en plus flexibles, ces 7 leviers, qui ont prouvés leur efficacité, doivent être appropriés par les dirigeants pour une rapide acculturation qui facilitera le changement et la mise en place des réformes. Faudrait-il des responsables ayant du leadership pour cela. Mais là est déjà un autre problème…

 

Ainsi, seule une volonté de changement par la qualité, intégrée dans une stratégie globale dans laquelle, la gouvernance sera démocratique, participative et transparente, les besoins et les attentes des parties prenantes seront bien pris en compte, en inculquant aux futurs diplômés la liberté de penser et l’esprit critique, avec des objectifs spécifiques, réalisables et ambitieux, pourrait mettre l’université algérienne sur les rails pour l’atteinte de l’excellence, qui sera le lit de la qualité totale dans un environnement favorisant l'épanouissement de tous les acteurs, qu’ils soient étudiants, enseignants ou personnels de soutien.

 

N'est-ce pas Marcel Proust qui disait : « Les véritables voyages de la découverte ne consistent pas à chercher de nouvelles terres, mais à regarder avec de nouveaux yeux. » 

 

Cet article fait partie d'une série de blogs mettant en vedette les opinions des experts de l'enseignement tertiaire du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) en ce qui concerne l'enseignement tertiaire dans leurs pays respectifs, ainsi que l'utilisation de la carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC), un outil innovant qui permet aux universités de la région MENA de se comparer aux standards internationaux, de définir leur propre série d’objectifs et d’établir des références pour évaluer les progrès pour les atteindre. La carte de positionnement de la gouvernance Universitaire (UGSC) a été développée par le programme d’enseignement tertiaire de la Banque Mondial/CMI et est appliquée par 100 universités dans la région MENA. 

Prof. ALLAL M. Amine

Responsable Assurance Qualité - Université de Tlemcen (Algérie)

 

Allal Amine est Responsable Assurance Qualité à l’Université de Tlemcen (Algérie), où il exerce en tant que professeur, spécialisé dans les compétences transversales pour les formations techniques. Depuis 2013, il est Responsable Pilote Assurance Qualité (Université de Tlemcen), dans le Programme d’Appui aux Politiques Sectorielles pour l’Enseignement Supérieur (PAPS/ESRS ; Union Européenne-Algérie). Il est membre du groupe des HEREs (Higher Education Reform Experts) dans le cadre du programme Erasmus+ depuis janvier 2016. Il a exercé en tant qu’expert évaluateur des Universités Africaines suivant le Mécanisme Africain de la Qualité (AQRM/UA), depuis Septembre 2014. Il est aussi auditeur tierce partie ISO 9001 et évaluateur principal auprès d’ALGERAC pour la norme ISO 17025. Passionné de pédagogie, de communication et de management de la qualité, il a mis en place un master en management de la construction et participe à la formation des nouveaux enseignants à la pédagogie et didactique. Il est titulaire d’un diplôme de Docteur-Ingénieur de l’Ecole Centrale de Paris (France) et d’un Certificat en Management de l’Université de Missouri-Rolla (USA).

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